Dominique Meeùs
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Classification des documents et domaines du savoir

Domaines du savoir

Il y a eu diverses tentatives de subdivision du savoir en domaines. Il y a évidemment différents points de départ possibles et souvent conflit ou confusion d’objectifs.

On sait que ce que nous appelons métaphysique (avec un contenu sémantique fort, même s’il est discuté) vient de ce que des éditeurs de l’œuvre d’Aristote ou des bibliothécaires avaient choisi de classer après les livres de physique.

On peut avoir la motivation de constituer un programme d’études. On a longtemps utilisé comme division du savoir la division scolastique du programme des études dans les universités du moyen âge et Francis Bacon a proposé un classement qui en garde des traces.

Avec le développement des grandes bibliothèques publiques, il s’imposait d’adopter un classement rationnel et le classement des domaines du savoir a eu tendance à se confondre avec la bibliothéconomie. Il y semble y avoir dans toute classification de ce genre une tension entre au moins trois aspects : le monde, le savoir, les livres.

Classification de documents

Orientations récentes

Dans le passé, on a cherché des systèmes uniques et détaillés. Les moyens dont on dispose aujourd’hui permettent d’arriver à se retrouver dans des documents par des voies diverses et complémentaires qui rendent les grandes classifications universelles moins utiles. Dans un catalogue informatique, on peut attacher à la fiche d’un document différentes métadonnées, catégories, thésaurus, mots-clefs. Si on a les documents sous forme digitale, il est généralement possible de faire de la recherche plein texte. Il y a d’énormes développements en la matière, des normes, des recommandations, des techniques, des logiciels… Ces questions ne sont pas étudiées ici.

Bibliothéconomie

Remarque éthymologique : il ne faut pas voir dans ce mot un composant « économie », qui ne s’y trouve qu’en apparence, mais le comprendre comme bibliothéco-nomie, la science des bibliothèques, visant à l’origine le problème de l’organisation de leur contenu (Guillaume Delaunay, La place de la bibliothéconomie dans l’organisation des connaissances et les classifications, mémoire de master Livres et savoirs, janvier 2010, ENSSIB, document 48579, p. 12). Apparu dans la première moitié du 19e siècle, ce mot a connu un glissement de sens (un peu dans la direction de sa fausse étymologie de surface) vers la gestion des bibliothèques.

Classifications standard

Grandes classifications du 19e siècle

Dans la manière d’organiser une bibliothèque, interviennent d’autres considérations que les divisions du savoir ou du monde. Il faut ranger les livres dans certains rayons et dans un certain ordre. L’importance donnée à certaines classes peut refléter la quantité de livres qu’on a, de manière contingente, sur un sujet et non l’importance de ce sujet dans le savoir ou de son objet dans le monde.

Les seules classifications standard datent de la fin du 19e : la Dewey Decimal Classification (DDC) de Melvil Dewey (États-Unis, 1876), la Library of Congress Classification (LCC) de Herbert Putnam (États-Unis, 1897) et la Classification décimale universelle (CDU) de Paul Otlet et Henri La Fontaine (1895, Belgique, à partir de celle de Dewey, première publication de 1904 à 1907). Les deux premières restent assez arbitraires et tributaires (surtout la seconde) de leur fonction de disposer physiquement les livres dans une bibliothèque. Toutes trois sont tributaires de l’état de la science et des conceptions du 19e siècle.

Cependant la CDU introduit une approche nettement plus scientifique de la classification (relations, facettes…). Voir le site du consortium. Suivre les liens concernant les grands savants que sont Otlet et La Fontaine. C’est à eux qu’on doit d’avoir à Bruxelles une Union des associations internationales qui existe encore aujourd’hui avec une Maison du même nom. La CDU comprend quelque 68 000 classes et est publiée dans une quarantaine de langues. Un sommaire d’un peu moins de 2 000 entrées est accessible gratuitement. J’ai fait un tableau trilingue (anglais, français, néerlandais) du sommaire.

Ces classifications ont été critiquées et il y a eu de nouveaux développements en la matière, dont ceux de Ranganathan (ci-dessous), mais aucun autre standard ne s’est réellement imposé (à part la ББК, voir plus loin, dans le camp socialiste) et une grande partie des bibliothèques et centres de documentation du monde continuent à utiliser l’un de ces trois systèmes du 19e malgré leurs défauts.

La classification à facettes de Ranganathan

Ranganathan a développé une classification dite à facettes (dite aussi en anglais Colon à cause des ponctuations séparant les facettes). Ces facettes sont les coordonnées d’un vecteur dans un espace à cinq dimensions, PEMST : Personality, Energy, Matter, Space, Time.

La Библиотечно-библиографическая классификация

Un système du même genre, inspiré de la CDU, mais plus moderne est la Библиотечно-библиографическая классификация (ББК). (Classification bibliothécaire et bibliographique — la transcription latine de ББК est BBK — en anglais Library-Bibliographic classification, parfois LBC, mais souvent aussi BBK. Hans H. Wellish et Richard P. Smiraglia dans l’article « Classification », p. 207-212 de la World Encyclopedia of Library and Information Services (Robert Wedgeworth, dir.) (aperçu Google livres), l’appellent (p. 211) Bibliothecal Bibliographic Classification et on peut donc trouver aussi BBC.) Lev Tropovski (1885-1944) a travaillé sur la CDU à la Bibliothèque Lénine de Moscou (Wedgeworth, idem, p. 819) et c’est de ces travaux qu’est issue la ББК, publiée en trente volumes de 1960 à 1968. Elle a été utilisée aussi dans le camp socialiste (jusqu’au Vietnam) et peut-être utilisée, ou du moins connue, dans un certain nombre de partis communistes en dehors. Elle était utilisée dans les grandes bibliothèques générales et de sciences sociales. En URSS, les centres de recherche en sciences naturelles auraient continué à utiliser plutôt la CDU. Dans la version d’origine, le premier niveau est désigné par une lettre de l’alphabet russe, les suivants par des chiffres. Il y a eu ensuite une variante entièrement décimale. La version alphanumérique serait destinée aux bibliothèques scientifiques, la version décimale aux bibliothèques publiques. La page Wikipedia allemande Bibliothekarisch-bibliografische_Klassifikation donne une correspondance entre les deux versions, de même que la page russe.

J’ai une table de la version alphadécimale jusqu’au niveau 2, partiellement traduite en français, néerlandais et anglais. J’ai repris d’une bibliothèque d’Ukraine une table de la version alphadécimale jusqu’au niveau 3. Un site propose une tentative de ББК en ligne en arbre (alphadécimale) qu’on pourrait déployer (+) ou réduire (−).

Je ne trouve pas de bonne source de la version décimale, autre que les pages Wikipédia ci-dessus.

Chinese Library Classification (中国图书馆分类法, CLC)

La CLC est le nouveau nom donné lors de la 4e édition en 1999 à la Book Classification of Chinese Libraries (BCCL) de 1975 (fruit de travaux qui remontent à 1953). Comme dans la BBK, la première classe est le marxisme-léninisme, mais les sciences sociales passent avant les sciences de la nature. Dans la CLC, la Chine reçoit un traitement privilégié (subdivisions du genre Chine/reste du monde). On pourrait dire que, si la BBK et la CLC sont également marxistes, la CLC est beaucoup plus chinoise que la BBK n’est russe.

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