Dominique Meeùs
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Bibliographie générale du service d’études

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Citations

Jean-Pierre Changeux, 2002, L’homme de vérité, Éditions Odile Jacob, Paris, ISBN:2-7381-1119-X, traduit par Marc Kirsch chez Harvard University Press, Harvard. v
pp.40–41:  Curieusement, la neuroscience a été imprégnée pendant des dizaines d’années par une philosophie empiriste tacite. Elle était déjà présente dans les premières recherches sur l’arc réflexe […] Pavlov produisait des réponses conditionnées […] Il affirmait ainsi que, pour construire un réflexe conditionné, le cerveau « devait être dégagé de toute autre activité nerveuse ». Jusqu’à une époque récente, les enregistrements électrophysiologiques standard consistaient le plus souvent en des réponses évoquées, c’est-à-dire provoquées par des stimuli issus du monde extérieur, chez des animaux anesthésiés.
     Ce modèle semble aujourd’hui bien naïf et certainement trop simple. En réalité, le cerveau se comporte naturellement comme un système autonome qui projette en permanence de l’information en direction du monde extérieur, au lieu de recevoir passivement son empreinte. […] L'activité intrinsèque spontanée du cerveau est l’une de ses composantes majeures.  
 
Commentaire:  L’acquisition de l’information n’est pas un simple reflet passif du monde sur les organes sensoriels et de là au cerveau. Elle implique une activité du cerveau. En plus d’éventuelles démarches volontaires conscientes, le cerveau a constamment une énorme activité spontanée.
     Il en est de même d’un ordinateur qui ne réagit aux événements extérieurs (comme un éventuel mouvement de la souris, une frappe au clavier, une information arrivant par le réseau et beaucoup d’autres) que parce qu’il a en permanence toutes sortes de programmes qui sont activement à l’écoute de ces événements. (Ce sont les daemons d’Unix et de Linux.)  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
I. Bernard Cohen, 1962, Les origines de la physique moderne: De Copernic à Newton, Petite bibliothèque Payot no 21, Payot, Paris, 192 pages, traduit par J. Métadier de The Birth of a New Physics, 1960. v
p.100:  La méthode employée par Galilée, telle que nous l’avons décrite, ressemble à celle utilisée par les hommes de science les meilleurs ; pourtant elle diffère radicalement de celle communément décrite dans les manuels élémentaires et présentée comme « la méthode scientifique ». La première chose à faire, explique-t-on dans les manuels, c’est de « rassembler toutes les informations pertinentes », etc. La façon habituelle de procéder, nous dit-on, consiste donc à collecter un grand nombre d’observations, ou de faire une série d’expériences, puis de mettre en ordre les résultats, de les généraliser, de chercher une relation mathématique pouvant les exprimer et, finalement, de trouver une loi. Mais Galilée procède différemment : il s’assoit à son bureau, prend une feuille de papier et un crayon, médite et crée des idées. Il commence par s’appuyer sur la conviction primordiale que la nature est simple et que l’on peut ainsi spéculer sur des abstractions naturelles ; puis il cherche une relation simple du premier degré, plutôt que d’un degré plus élevé, et trouve la relation la plus simple n’impliquant pas contradiction.    
Jacques Madaule. 1953. « La pensée historique de Toynbee ». In Le monde et l’Occident. Paris: Desclée De Brouwer 9–65. v
pp.47–50:  Les historiens qui se soucient avant tout d’exactitude ont eu beau jeu de montrer combien les arguments de Toynbee sont parfois faibles et reposent ou sur des faits controuvés ou sur des faits mal interprétés. Ils lui reprochent de se contenter de documents de seconde ou de troisième main. Mais n’est-ce point là condamner le projet lui-même d’une Histoire universelle ? Il est impossible, en effet, de tenter une pareille entreprise si l’on oblige l’historien à ne parler que de ce qu’il connaît de première main. Je crois cependant qu’une pareille entreprise est à la fois légitime et nécessaire et que, si l’on doit noter les faiblesses de Toynbee, il faut en même temps reconnaître que ce qu’il a essayé devait être tenté.
     Lorsque, en effet, nous considérons dans son ensemble l’Histoire de l’humanité, nous ne pouvons pas ne pas être frappés par certaines analogies. […] Ces analogies de structure et de comportement demandent à être sérieusement étudiées, et c’est un fait qu’elles l’ont été jusqu’ici fort peu par les historiens. Au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent dans la période qu’ils ont choisie pour leur spécialité, nous les voyons insister sur les caractères propres de cette période, comme s’ils n’étaient plus capables que de saisir les différences. Tout rapprochement, toute analogie leur semblent dès lors incongrus. Cela provient à la fois d’un excès de science et d’une certaine ignorance. Ils connaissent trop bien une partie de l’Histoire, mais ils ignorent par trop tout le reste.
     […]
     La tentative était légitime, car nous disposons à présent d’un matériel suffisant pour permettre des confrontations utiles. Les derniers siècles n’ont pas seulement été des siècles d’investigation et de conquête dans le domaine géographique ; ils ont été aussi des siècles de découvertes dans le domaine de l’Histoire. […]
     Cette tentative était en outre nécessaire. […]  
 
Steven Weinberg, 1993, Dreams of a Final Theory: Search for the Ultimate Laws of Nature, Hutchinson Radius, Londres, ISBN: 0-09-177395-4 v
p.82:  I have emphasized the theoretical side of this story [general relativity] as a counterweight to a naive overemphasis on experiment. Scientists ans historians of science have long ago given up the old view of Francis Bacon, that scientific hypotheses should be developed by patient and unprejudiced observation of nature.    
Commentaire:  Bacon accordait une grande importance, non seulement aux observations, mais au travail de réflexion critique que l’on fait dessus. On a souvent simplifié sa pensée à outrance en la résumant. Il est cependant clair que, ni physicien ni mathématicien, contemporain de Galilée mais mort bien avant lui, et près d’un siècle avant Newton, il ne pouvait avoir aucune idée de ce qu’est une théorie physique et encore moins de la possibilité, lorsqu’une théorie atteint ses limites, d’en créer une nouvelle à partir de réflexions sur sa logique interne et guidé par des symétries et des invariances. Il est donc légitime pour Weinberg de résumer Bacon, ici, en une phrase, même s’il mérite, en d’autres occasions, un traitement plus fin.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
p.101:  […] a half-serious maxim attributed to Eddington : « One should never believe any experiment until it has been confirmed by theory. »
     […] I have been emphasizing the importance of theory here because I want to counteract a widespread point of view that seems to me overly empiricist. […] It appears that anything you say about the way that theory and experiment may interact is likely to be correct, and anything you say about the way that theory and experiment must interact is likely to be wrong.  
 
Commentaire:  D’après Valérie De Rath (1994: p.84), cette boutade d’Eddington était adressée à Georges Lemaître sur le ferry de Malmö à Copenhague en 1938.

Valérie De Rath, Jean-Luc Léonard & Robert Mayence, 1994, Georges Lemaître: Le père du Big Bang, Éditions Labor, 160 pages, 2 8040 1025 2  
Ajoutée par : admin
 
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