Dominique Meeùs
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Citations

Charles DarwinLa variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication, traduit de Variation of Plants and Animals Under Domestication, 1868. v
Dans les recherches scientifiques, il est licite d’inventer une hypothèse quelconque ; si celle-ci explique de grandes classes de faits indépendants, on l’élève au rang de théorie bien établie.
     On peut envisager le principe de sélection naturelle comme une simple hypothèse, rendue cependant probable par ce que nous savons positivement de la variabilité des êtres organiques à l’état de nature, de la lutte pour l’existence, de la préservation quasiment inévitable des variations qui s’ensuit, et de la formation analogique des races domestiques.
     Or cette hypothèse peut être testée — et c’est là à mon sens la seule manière honnête et légitime d’aborder la question dans son ensemble — en examinant si elle explique plusieurs grandes classes de faits indépendants, tels que la succession géologique des êtres organiques, leur distribution dans les temps passés et présents, leurs affinités mutuelles et leurs homologies. Si le principe de sélection naturelle explique bien ces grands ensembles de faits, elle doit être acceptée.  
 
Commentaire:  Cité dans (Jean Gayon n.d.). Aussi, le dernier alinéa, dans (Stephen Jay Gould 1991: p.314). Il s’agit d’une prise de position très ferme en philosophie des sciences. Cela fait penser à l’ « inférence à la meilleure explication ». Ici, l’explication est acceptable parce qu’elle explique de manière satisfaisante de grands classes de faits indépendants. On sous-entend qu’une telle réussite serait très improbable s’il n’y avait pas un lien causal.
     Le critère poppérien de la réfutation est insatisfaisant parce que purement négatif et il ne peut y avoir en logique de critère positif de la justesse d’une théorie. La question des considérations positives, des « confirmations » qui peuvent rendre une théorie acceptable est très discutée.

Jean Gayon. La théorie de l’Évolution: Que signifie “darwinisme” aujourd’hui ? Accessed 3 janvier 2009, from: <http://telechargeu.cine ... download/pdf/160100.pdf>.
Stephen Jay Gould, 1991, La vie est belle: Les surprises de l’évolution, Science ouverte, Éditions du Seuil, Paris, 400 pages, ISBN:2-02-012269-3, traduit par Marcel Blanc de Wonderful Life, 1989.  
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Pierre Duhem, 1908, Σώζειν τὰ φαινόμενα (sauver les phénomènes): Essai sur la notion de théorie physique de Platon à Galilée, Librairie scientifique A. Hermann et fils, Paris, 144 pages v
p.3:  Voici donc en quels termes se trouve formulée, au Commentaire de Simplicius, cette tradition platonicienne : « Platon admet en principe que les corps célestes se meuvent d’un mouvement circulaire, uniforme et constamment régulier (*) ; il pose alors aux mathématiciens problème : Quels sont les mouvements circulaires, uniformes et parfaitement réguliers qu’il convient de prendre pour hypothèses, afin que l’on puisse sauver les apparences présentées par les planètes ? Τίνων ὑποτεθέντων δι᾽ ὁμαλῶν καὶ ἐγκυκλιων καὶ τεταγμένων κινὴσεων δυνήσεται διασωθῆναι τὰ περὶ τοὺς πλανωμένους φαινόμενα ; »
(*) C’est-à-dire constamment de même sens.  
 
Commentaire:  L’opinion de Platon nous est connue par la chaîne de transmission suivante : Platon, Eudoxe, Eudème, Sosigène, Simplicius.
     Duhem semble considérer que la mission que Platon attribue aux astronomes est seulement de sauver les apparences. Mais il leur impose de ne le faire qu’à partir de mouvements circulaires uniformes en vertu d’un « principe » qui est sa conception de ce qui est. Il me semble donc qu’il n’exige pas seulement des astronomes qu’ils sauvent les apparences mais qu’il considère aussi qu’ils doivent le faire dans le respect de ce qui est dans la nature même des objets supra-lunaires.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
Julian Huxley, 1950, La génétique soviétique et la science mondiale, Stock, Paris, 272 pages, traduit par Jules Castier de Sovietic Genetics and World Science, 1949 chez Chatto & Windus, Londres. v
p.83:  Ils [les mitchouriniens] n’exigent ni n’acceptent le même genre de preuves que les savants professionnels d’autres pays ; ils confondent le fait avec la doctrine, et la théorie avec l’hypothèse ou la croyance ; ils font appel à l’autorité passée, au lieu du fait établi présent, et à l’utilité au lieu de la vérité ; ils acceptent les critères autres que scientifiques, et y insistent même, dans ce qui prétend être une discussion scientifique. Bref, comme nous l’avons constaté, Ashby et moi, en conversation avec Lyssenko, ils ne parlent tout bonnement pas le même langage que les savants occidentaux.
     D’une façon générale, ils trahissent un manque d’appréciation du caractère, de la validité, et de l’importance spéciale de la méthode scientifique, telle qu’elle a été élaborée au cours des quelques derniers siècles.  
 
pp.106–107:  Pour eux [Bateson, Punnett], comme pour moi, ou n'importe que néo-mendélien dont le nom puisse me revenir en mémoire, la formulation d’une loi est une tentative de traduire en termes généraux, et si possible, simples et, en outre quantitatifs, toutes les régularités pouvant être découvertes dans les phénomènes étudiés.
     Une fois qu’une loi est formulée, sa validité (ou non-validité) peut être mise à l’épreuve en lui opposant des phénomènes nouveaux, de façon à en perfectionner l’exactitude, ou à en dénoncer les insuffisances ou le caractère illusoire. Elle n’a rien d’éternel ni d’immuable. C’est une façon sténographique d’exprimer que, dans certaines circonstances, certains résultats ont été obtenus dans le passé, et qu’on peut s’y attendre à l’avenir. […]
     Ceci m’amène à un autre point relatif aux lois scientifiques. À mesure que se poursuivent les travaux sur un sujet, les lois qui s’y rapportent tendent à paraître de moins en moins importantes, mais se fondent dans une construction plus vaste, une large théorie, ou un grand système de phénomènes tous liés entre eux sur base de certains faits et conceptions simples et fondamentaux.  
 
pp.106–107:  Pour eux [Bateson, Punnett], comme pour moi, ou n'importe que néo-mendélien dont le nom puisse me revenir en mémoire, la formulation d’une loi est une tentative de traduire en termes généraux, et si possible, simples et, en outre quantitatifs, toutes les régularités pouvant être découvertes dans les phénomènes étudiés.
     Une fois qu’une loi est formulée, sa validité (ou non-validité) peut être mise à l’épreuve en lui opposant des phénomènes nouveaux, de façon à en perfectionner l’exactitude, ou à en dénoncer les insuffisances ou le caractère illusoire. Elle n’a rien d’éternel ni d’immuable. C’est une façon sténographique d’exprimer que, dans certaines circonstances, certains résultats ont été obtenus dans le passé, et qu’on peut s’y attendre à l’avenir. […]
     Ceci m’amène à un autre point relatif aux lois scientifiques. À mesure que se poursuivent les travaux sur un sujet, les lois qui s’y rapportent tendent à paraître de moins en moins importantes, mais se fondent dans une construction plus vaste, une large théorie, ou un grand système de phénomènes tous liés entre eux sur base de certains faits et conceptions simples et fondamentaux.  
 
Jacques Madaule. 1953. « La pensée historique de Toynbee ». In Le monde et l’Occident. Paris: Desclée De Brouwer 9–65. v
p.27:  Je crois que nous touchons ici au défaut le plus apparent de la méthode de Toynbee, qui est de pratiquer l’extrapolati0n au delà des limites permises et d’écrire une histoire qui est bel et bien déductive, alors qu’elle se donne l’apparence d’être inductive. Il part, en effet, d’une grande hypothèse cosmique, nullement démontrée, ni même démontrable, et qu’il s’agirait ensuite de vérifier à la lumière de l’Histoire. Nous avons dit en quoi consiste cette hypothèse, qui est beaucoup plus une hypothèse de naturaliste qu’une hypothèse d’historien. L’Humanité paraît emportée dans une espèce d’Évoluti0n créatrice qui doit beaucoup aux intuitions bergsoniennes.    
p.31:  Naissance, développement, breakdown, Temps des Troubles, État universel, Église et Épopée, désintégration, toutes ces catégories sont admirablement adaptées à l’exemple choisi [la Civilisation hellénique]. Mais c’est ici qu’intervient fâcheusement l’extrapolation. Il va falloir à tout prix découvrir les mêmes phases dans les autres Civilisations. Et voilà où les faits sont soumis à une rude épreuve.    
pp.47–50:  Les historiens qui se soucient avant tout d’exactitude ont eu beau jeu de montrer combien les arguments de Toynbee sont parfois faibles et reposent ou sur des faits controuvés ou sur des faits mal interprétés. Ils lui reprochent de se contenter de documents de seconde ou de troisième main. Mais n’est-ce point là condamner le projet lui-même d’une Histoire universelle ? Il est impossible, en effet, de tenter une pareille entreprise si l’on oblige l’historien à ne parler que de ce qu’il connaît de première main. Je crois cependant qu’une pareille entreprise est à la fois légitime et nécessaire et que, si l’on doit noter les faiblesses de Toynbee, il faut en même temps reconnaître que ce qu’il a essayé devait être tenté.
     Lorsque, en effet, nous considérons dans son ensemble l’Histoire de l’humanité, nous ne pouvons pas ne pas être frappés par certaines analogies. […] Ces analogies de structure et de comportement demandent à être sérieusement étudiées, et c’est un fait qu’elles l’ont été jusqu’ici fort peu par les historiens. Au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent dans la période qu’ils ont choisie pour leur spécialité, nous les voyons insister sur les caractères propres de cette période, comme s’ils n’étaient plus capables que de saisir les différences. Tout rapprochement, toute analogie leur semblent dès lors incongrus. Cela provient à la fois d’un excès de science et d’une certaine ignorance. Ils connaissent trop bien une partie de l’Histoire, mais ils ignorent par trop tout le reste.
     […]
     La tentative était légitime, car nous disposons à présent d’un matériel suffisant pour permettre des confrontations utiles. Les derniers siècles n’ont pas seulement été des siècles d’investigation et de conquête dans le domaine géographique ; ils ont été aussi des siècles de découvertes dans le domaine de l’Histoire. […]
     Cette tentative était en outre nécessaire. […]  
 
Steven Weinberg, 1993, Dreams of a Final Theory: Search for the Ultimate Laws of Nature, Hutchinson Radius, Londres, ISBN: 0-09-177395-4 v
p.82:  I have emphasized the theoretical side of this story [general relativity] as a counterweight to a naive overemphasis on experiment. Scientists ans historians of science have long ago given up the old view of Francis Bacon, that scientific hypotheses should be developed by patient and unprejudiced observation of nature.    
Commentaire:  Bacon accordait une grande importance, non seulement aux observations, mais au travail de réflexion critique que l’on fait dessus. On a souvent simplifié sa pensée à outrance en la résumant. Il est cependant clair que, ni physicien ni mathématicien, contemporain de Galilée mais mort bien avant lui, et près d’un siècle avant Newton, il ne pouvait avoir aucune idée de ce qu’est une théorie physique et encore moins de la possibilité, lorsqu’une théorie atteint ses limites, d’en créer une nouvelle à partir de réflexions sur sa logique interne et guidé par des symétries et des invariances. Il est donc légitime pour Weinberg de résumer Bacon, ici, en une phrase, même s’il mérite, en d’autres occasions, un traitement plus fin.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
p.101:  […] a half-serious maxim attributed to Eddington : « One should never believe any experiment until it has been confirmed by theory. »
     […] I have been emphasizing the importance of theory here because I want to counteract a widespread point of view that seems to me overly empiricist. […] It appears that anything you say about the way that theory and experiment may interact is likely to be correct, and anything you say about the way that theory and experiment must interact is likely to be wrong.  
 
Commentaire:  D’après Valérie De Rath (1994: p.84), cette boutade d’Eddington était adressée à Georges Lemaître sur le ferry de Malmö à Copenhague en 1938.

Valérie De Rath, Jean-Luc Léonard & Robert Mayence, 1994, Georges Lemaître: Le père du Big Bang, Éditions Labor, 160 pages, 2 8040 1025 2  
Ajoutée par : admin
 
pp.102–103:  Finally one can imagine a category of experiments that refute well-accepted theories, theories that have become part of the standard consensus of physics. Under this category I can find no examples whatever in the past one hundred years. There are of course many cases where theories have been found to have a narrower realm of application than had been thought. Newton’s theory of motion does not apply at high speeds. Parity, the symmetry between right and left, does not work in the weak forces — and so on. But in this century no theory that has been generally accepted as valid by the world of physics has turned out simply to be a mistake, the way that Ptolemy’s epicycle theory of planetary motion or the theory that heat is a fluid called caloric were mistakes. Yet in this century, as we have seen in the cases of general relativity and the electroweak theory, the consensus in favor of physical theories has often been reached on the basis of aesthetic judgments before the experimental evidence for these theories became really compelling. I see in this the remarkable power of the physicist’s sense of beauty acting in conjunction with and sometimes even in opposition to the weight of experimental evidence.    
pp.141–142:  Positivism did harm in other ways that are less well known. There is a famous experiment performed in 1897 by J. J. Thomson, which is generally regarded as the discovery of the electron. […] It turned out that the amount of bending of these rays was consistent with the hypothesis that they are made up of particles that carry a definite quantity of electric charge and a definite quantity of mass. […] For this, Thomson regarded himself, and has become universally regarded by historians, as the discoverer of a new form of matter, a particle […] : the electron.
     Yet the same experiment was done in Berlin at just about the same time by Walter Kaufmann. The main difference between Kaufmann’s experiment and Thomson’s was that Kaufmann’s was better. […] Thomson was working in an English tradition going back to Newton, Dalton, and Prout — a tradition of speculation about atoms and their constituents. But Kaufmann was a positivist ; he did not believe that it was the business of physicists to speculate about things that they could not observe. So Kaufmann did not report that he had discovered a new kind of particle, but only that whatever it is that is flowing in a cathode ray, it carries a certain ratio of electric charge to mass.
     The moral of this story is not merely that positivism was bad for Kaufmann’s career. Thomson, guided by his belief that he had discovered a fundamental particle, went on and did other experiments to explore its properties. He found evidence of particles with the same ratio of mass to charge emitted in radioactivity and from heated metals, and he carried out an early measurement of the electric charge of the electron. This measurement, together with his earlier measurement of the ratio of charge to mass, provided a value for the mass of the electron. It is the sum of all these experiments that really validates Thomson’s claim to be the discoverer of the electron, but he would probably never have done them if he had not been willing to take seriously the idea of a particle that at that time could not be directly observed.  
 
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