Dominique Meeùs
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Bibliographie générale du service d’études

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Citations

James Gleick, 1994, Le génial professeur Feynman, Éditions Odile Jacob, Paris, 576 pages, ISBN:2-7381-0238-7, traduit par Jean-Paul Mourlon & Bernard Pire de Genius: The Life and Science of Richard Feynman, 1992 chez Pantheon Books, New York. v
pp.84–85:  La philosophie enseignée au MIT ne fit qu’irriter davantage Feynman, qui n’y voyait qu’une industrie gérée par des logiciens incompétents. Roger Bacon lui-même, célèbre pour avoir fait entrer la science expérimentale dans la pensée philosophique, semblait avoir plus bavardé qu’expérimenté. L’idée même qu’il se faisait de l’expérience n’avait guère de rapports avec les mesures quantitatives auxquelles un étudiant du 20e siècle s’adonnait en cours de travaux pratiques : il prenait un appareil quelconque et se livrait sur lui à diverses manipulations, sans cesse répétées, en notant des chiffres.
     « Non des positions des philosophes, mais de la trame de la nature », avait déclaré Harvey(*) trois siècles plus tôt, traçant ainsi une distinction entre la science et la philosophie.  
 
Commentaire:  (*) Harvey, De Motu Cordis et Sanguinis (1628). (Note de Gleick.)
     D’après l’index du livre de Gleick (l’index n’est peut-être pas de lui), il s’agirait de Thomas S. Harvey, mais le découvreur de la circulation sanguine, c’est William Harvey, qui a dit de Francis (et non Roger) Bacon qu’il écrivait plus comme un Lord Chancellor que comme un savant. La difficulté, c’est que Roger et Francis ont l’un et l’autre (à plus de trois siècles de distance) promu la science expérimentale.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
Julian Huxley, 1950, La génétique soviétique et la science mondiale, Stock, Paris, 272 pages, traduit par Jules Castier de Sovietic Genetics and World Science, 1949 chez Chatto & Windus, Londres. v
pp.33–36:  Il faut insister sur ce que le statut scientifique du mitchourinisme est fort différent de celui du néo-mendélisme. Celui-ci comprend un grand nombre de faits et de lois qui ont été vérifiés à mainte reprise, et de façon indépendante, par des savants du monde entier (et beaucoup d’entre eux aussi, par des amateurs et des étudiants) ; la constitution héréditaire qu’il postule — celle d’un grand nombre de gènes disposés de façon régulière à l’intérieur des chromosomes — a été établie comme objectivement vraie ; et ses principes théoriques découlent tous directement de ce fait central, d’une constitution particulaire portée par des chromosomes.
     D’autre part, beaucoup d’entre les résultats revendiqués comme faits par les mitchouriniens (savoir : l’hybridation végétative et l’hérédité des caractères acquis) ne se sont pas révélés susceptibles de vérification par les savant hors de la Russie ; et d’autres (savoir : la « dislocation » de l’hérédité par les croisements) s’interprètent également bien suivant les principes mendéliens. En outre, il est notoire que les mitchouriniens ont négligé beaucoup d’entre les précautions habituelles prises par les généticiens occidentaux pour assurer la validité de leurs expériences, et qu’ils ont, de propos délibéré, rejeté l’usage de l’analyse statistique pour contrôler la signification scientifique de leurs résultats numériques.
     […]
     Nous pourrions peut-être résumer de la façon suivante la différence entre les deux systèmes (et c’est une différence fort importante). Le mendélisme représente le développement cohérent d’un concept scientifique central, dont la formulation était nécessaire, comme étant la seule façon dont pouvaient s’expliquer certains faits observés. (Le concept était celui du facteur-unité de l’hérédité, appelé plus tard gène, et les fait étaient ceux qu’avait obtenus Mendel en croisant des variétés de pois.) Le développement a consisté, d’une part, en la généralisation de ce concept, et, d’autre part, en son perfectionnement.
     […]
     Le mitchourinisme, par contre, représente le promulgation d’une idée centrale ; et cette idée n’est pas la seule façon dont puissent s’expliquer les faits (puisque les uns s’expliqueraient également bien, ou mieux, comme étant dus à des méthodes défectueuses, et d’autres, comme dus à d’autres causes). Cette idée est dans une large mesure une idée préconçue, qui a été imposée aux faits, au lieu de naître d’eux ; quand les faits ne s’adaptent pas à l’idée, on en nie l’importance, ou même l’existence. À l’inverse du néo-mendélisme, il n’est pas quantitatif, du sorte qu’il manque de précision. Sa principale nouveauté, l’affirmation selon laquelle l’hérédité est le résultat de l’assimilation des influences extérieures, est fondée uniquement sur l’analogie, et non sur l’expérimentation ou l’observation scientifiques.
     Voilà ce que l’ai voulu dire lorsque j’ai déclaré que le mitchourinisme est une doctrine. C’est une doctrine essentiellement non scientifique ou pré-scientifique, appliquée à une branche de la recherche scientifique, et non pas en soi une branche de la science.  
 
Commentaire:  Par « particulaire » (à la fin du premier alinéa du passage cité), il vise le point de vue atomiste (au sens figuré, pas de la physique) d’une génétique basée sur les unités discrètes que sont les gènes.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
pp.106–107:  Pour eux [Bateson, Punnett], comme pour moi, ou n'importe que néo-mendélien dont le nom puisse me revenir en mémoire, la formulation d’une loi est une tentative de traduire en termes généraux, et si possible, simples et, en outre quantitatifs, toutes les régularités pouvant être découvertes dans les phénomènes étudiés.
     Une fois qu’une loi est formulée, sa validité (ou non-validité) peut être mise à l’épreuve en lui opposant des phénomènes nouveaux, de façon à en perfectionner l’exactitude, ou à en dénoncer les insuffisances ou le caractère illusoire. Elle n’a rien d’éternel ni d’immuable. C’est une façon sténographique d’exprimer que, dans certaines circonstances, certains résultats ont été obtenus dans le passé, et qu’on peut s’y attendre à l’avenir. […]
     Ceci m’amène à un autre point relatif aux lois scientifiques. À mesure que se poursuivent les travaux sur un sujet, les lois qui s’y rapportent tendent à paraître de moins en moins importantes, mais se fondent dans une construction plus vaste, une large théorie, ou un grand système de phénomènes tous liés entre eux sur base de certains faits et conceptions simples et fondamentaux.  
 
pp.106–107:  Pour eux [Bateson, Punnett], comme pour moi, ou n'importe que néo-mendélien dont le nom puisse me revenir en mémoire, la formulation d’une loi est une tentative de traduire en termes généraux, et si possible, simples et, en outre quantitatifs, toutes les régularités pouvant être découvertes dans les phénomènes étudiés.
     Une fois qu’une loi est formulée, sa validité (ou non-validité) peut être mise à l’épreuve en lui opposant des phénomènes nouveaux, de façon à en perfectionner l’exactitude, ou à en dénoncer les insuffisances ou le caractère illusoire. Elle n’a rien d’éternel ni d’immuable. C’est une façon sténographique d’exprimer que, dans certaines circonstances, certains résultats ont été obtenus dans le passé, et qu’on peut s’y attendre à l’avenir. […]
     Ceci m’amène à un autre point relatif aux lois scientifiques. À mesure que se poursuivent les travaux sur un sujet, les lois qui s’y rapportent tendent à paraître de moins en moins importantes, mais se fondent dans une construction plus vaste, une large théorie, ou un grand système de phénomènes tous liés entre eux sur base de certains faits et conceptions simples et fondamentaux.  
 
Steven Weinberg, 1993, Dreams of a Final Theory: Search for the Ultimate Laws of Nature, Hutchinson Radius, Londres, ISBN: 0-09-177395-4 v
p.82:  I have emphasized the theoretical side of this story [general relativity] as a counterweight to a naive overemphasis on experiment. Scientists ans historians of science have long ago given up the old view of Francis Bacon, that scientific hypotheses should be developed by patient and unprejudiced observation of nature.    
Commentaire:  Bacon accordait une grande importance, non seulement aux observations, mais au travail de réflexion critique que l’on fait dessus. On a souvent simplifié sa pensée à outrance en la résumant. Il est cependant clair que, ni physicien ni mathématicien, contemporain de Galilée mais mort bien avant lui, et près d’un siècle avant Newton, il ne pouvait avoir aucune idée de ce qu’est une théorie physique et encore moins de la possibilité, lorsqu’une théorie atteint ses limites, d’en créer une nouvelle à partir de réflexions sur sa logique interne et guidé par des symétries et des invariances. Il est donc légitime pour Weinberg de résumer Bacon, ici, en une phrase, même s’il mérite, en d’autres occasions, un traitement plus fin.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
p.101:  […] a half-serious maxim attributed to Eddington : « One should never believe any experiment until it has been confirmed by theory. »
     […] I have been emphasizing the importance of theory here because I want to counteract a widespread point of view that seems to me overly empiricist. […] It appears that anything you say about the way that theory and experiment may interact is likely to be correct, and anything you say about the way that theory and experiment must interact is likely to be wrong.  
 
Commentaire:  D’après Valérie De Rath (1994: p.84), cette boutade d’Eddington était adressée à Georges Lemaître sur le ferry de Malmö à Copenhague en 1938.

Valérie De Rath, Jean-Luc Léonard & Robert Mayence, 1994, Georges Lemaître: Le père du Big Bang, Éditions Labor, 160 pages, 2 8040 1025 2  
Ajoutée par : admin
 
pp.141–142:  Positivism did harm in other ways that are less well known. There is a famous experiment performed in 1897 by J. J. Thomson, which is generally regarded as the discovery of the electron. […] It turned out that the amount of bending of these rays was consistent with the hypothesis that they are made up of particles that carry a definite quantity of electric charge and a definite quantity of mass. […] For this, Thomson regarded himself, and has become universally regarded by historians, as the discoverer of a new form of matter, a particle […] : the electron.
     Yet the same experiment was done in Berlin at just about the same time by Walter Kaufmann. The main difference between Kaufmann’s experiment and Thomson’s was that Kaufmann’s was better. […] Thomson was working in an English tradition going back to Newton, Dalton, and Prout — a tradition of speculation about atoms and their constituents. But Kaufmann was a positivist ; he did not believe that it was the business of physicists to speculate about things that they could not observe. So Kaufmann did not report that he had discovered a new kind of particle, but only that whatever it is that is flowing in a cathode ray, it carries a certain ratio of electric charge to mass.
     The moral of this story is not merely that positivism was bad for Kaufmann’s career. Thomson, guided by his belief that he had discovered a fundamental particle, went on and did other experiments to explore its properties. He found evidence of particles with the same ratio of mass to charge emitted in radioactivity and from heated metals, and he carried out an early measurement of the electric charge of the electron. This measurement, together with his earlier measurement of the ratio of charge to mass, provided a value for the mass of the electron. It is the sum of all these experiments that really validates Thomson’s claim to be the discoverer of the electron, but he would probably never have done them if he had not been willing to take seriously the idea of a particle that at that time could not be directly observed.  
 
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