Dominique Meeùs
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Citations

G. Koursanov (éd.), 1978, Histoire de la dialectique marxiste: Étape léniniste, Éditions du Progrès, Moscou, 472 pages par Dora Sanadzé & Marina Arséniéva, traduit, 1973. v
pp.338–339:  […] au cours du développement de la science et de la philosophie se sont révélées certaines interprétations erronées de cette fonction de la dialectique [sa fonction méthodologique en science] et, partant, son application erronée dans la recherche scientifique.
     Une de ces erreurs était qu’en appliquant la dialectique aux sciences particulières, on se bornait à illustrer tels ou tels thèses, principes, lois de la dialectique par certains exemples empruntés au domaine de la connaissance des sciences particulières (les tentatives furent fréquentes, notamment, de confirmer « encore une fois les thèses et les déductions connues de la dialectique par de nouveaux faits obtenus au cours du développement des sciences particulières »). La dialectique était réduite ainsi à une somme d’exemples de vérités dialectiques connues.
     Dans la compréhension de la fonction méthodologique de la dialectique, lorsqu’on la considérait en tant que méthode, en tant que « moyen de résoudre les questions, les problèmes », etc., on commettait également l’erreur grave de l’interpréter comme permettant, en partant seulement de la doctrine dialectique, de résoudre un problème concret quelconque de telle ou telle science particulière, de justifier la véracité d’une thèse théorique quelconque d’une conception déterminée d’une science particulière. C’est ainsi que négligeant l’analyse des faits, des phénomènes concrets, certains philosophes tentaient de déduire directement de la doctrine dialectique, en partant uniquement de considérations « philosophiques » générales, des réponses aux questions de savoir si la génétique, la doctrine de N. Marr sur la langue, la conception biologique de T. Lyssenko étaient correctes, si la cybernétique, la mécanique quantique, la théorie de la relativité, etc., étaient correctes. Autrement dit, pour résoudre la question de la véracité de telle ou telle théorie, d’une thèse théorique, on cherchait à remplacer l’analyse du contenu scientifique des théories, des faits concrets, de la pratique par des références aux thèses générales de la dialectique.  
 
Louis Althusser, 1974, Philosophie et philosophie spontanée des savants (1967): Cours de philosophie pour scientifiques, Théorie (dir. : Louis Althusser), Librairie François Maspero, Paris, 160 pages v
pp.44–45:  C’est à partir de cette situation contradictoire qu’on peut comprendre les rapports qui s’esquissent actuellement entre les différentes disciplines littéraires. Elles revendiquent le nom de sciences humaines, marquant, par le mot de sciences, leur prétention d’avoir mis fin à leur ancien rapport à leur objet. Au lieu d’un rapport culturel, c’est-â-dire idéologique, elles veulent instaurer un nouveau rapport : scientifique. Dans l’ensemble, elles pensent avoir réussi cette conversion, et le proclament dans le nom qu’elles se donnent, se baptisant elles-mêmes sciences humaines. Mais une proclamation peut être seulement une proclamation : une intention, un programme — mais aussi en partie un mythe, destiné à entretenir une illusion, la « réalisation d’un désir ».
     Il n’est pas sûr que les sciences humaines aient vraiment changé de « nature » en changeant, de nom et de méthodes. La preuve en est dans le type de rapports qui se constituent actuellement entre les disciplines littéraires : mathématisation systématique de nombre de disciplines (économie politique, sociologie, psychologie) ; et « application » des disciplines manifestement les plus avancées dans la scientificité sur les autres (rôle pilote de la logique mathématique, et surtout de la linguistique, rôle également envahissant de la psychanalyse, etc.). Contrairement à ce qui se passe dans les sciences de la nature, où les rapports sont généralement organiques, ce genre d’ « application » reste extérieur, mécanique, instrumental, technique — donc suspect. L’exemple actuel le plus aberrant de l’application extérieure d’une « méthode » (qui dans son « universalité » relève de la mode) à un objet quelconque est le « structuralisme ». Quand des disciplines sont à la recherche d’une « méthode » universelle, il y a fort à parier qu’elles ont un peu trop envie d’afficher leurs titres scientifiques pour les avoir vraiment mérités. De vraies sciences n’ont jamais besoin de faire savoir au monde qu’elles ont trouvé la recette pour le devenir.  
 
Commentaire:  Il y a une conception répandue de la dialectique qui en fait une méthode universelle, plaquée de l’extérieur, dont je trouve de même la prétendue universalité suspecte.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
pp.131–135:  Dialectique [chez Monod]
     La même inversion.
     Dans l’Élément 1 [intra-scientifique], la dialectique est matérialiste : elle est présente dans le concept d’émergence. Ce concept d’émergence fonctionne adéquatement du point de vue scientifique, dans le domaine de la science biologique. Il y fonctionne au titre matérialiste.
     Mais quand on sort de la sphère de la biologie, pour passer à la noosphère, le concept d’émergence perd son contenu scientifique d’origine, et il est contaminé par la façon dont Monod pense la nature de son nouvel objet : l’histoire. Dans l’histoire, la dialectique fonctionne d’une manière étonnante.
     D’abord, l’émergence y prolifère : un vrai deus ex machina. Chaque fois qu’il se passe quelque chose de nouveau, une idée nouvelle, un événement nouveau, Monod prononce le mot magique : « émergence ». En règle générale, on peut dire que, lorsqu’un concept sert à penser toutes les choses, c’est qu’il risque de ne plus penser grand-chose. C’est le travers déjà dénoncé par Hegel contre Schelling appliquant partout sa théorie des pôles : du formalisme.
     Ensuite, l’émergence fonctionne dans l’histoire non sous la forme propre à l’histoire, mais sous la forme propre à la biologie : témoin la théorie de la sélection naturelle des idées, cette vieille imposture que Monod croit nouvelle.
     Enfin, qu’on le veuille ou non, et en dépit de ce que Monod avait dit du primat de l’émergence sur la téléonomie, excellemment, contre Teilhard et les finalistes, comme ce qui fait le fond de l’histoire pour Monod, c’est l’émergence de la noosphère, c’est-à-dire l’émergence de l’Esprit ; comme la noosphère est scientifiquement parlant un concept vide ; comme émergence et noosphère sont constamment associées, et de manière répétée, il en résulte un effet-philosophique objectif dans l’esprit, non de Monod sans doute, mais de ses auditeurs et de ses lecteurs. Cette insistance vide produit en fait un effet d’inversion de sens et de tendance : qu’on le veuille ou non, tout se passe comme si la noosphère était le produit le plus complexe, le plus fin, le plus extraordinaire de toute la suite des émergences, donc un produit « valorisé », sinon en droit (Monod ne le dit pas), mais en fait. La multiplication soudaine et miraculeuse des émergences dans la noosphère n’est que la manifestation en quelque sorte empirique de ce privilège de fait, mais privilège tout de même : la noosphère est la sphère privilégiée du fonctionnement de l’émergence. Alors le rapport se renverse, et tout se passe comme si la suite des émergences avait pour fin cachée, pour téléonomie, l’émergence de la noosphère. Monod peut contester cette interprétation : mais comme en fait il ne contrôle pas les notions qu’il manipule dans le domaine de l’histoire, comme il les croit scientifiques, alors qu’elles ne sont qu’idéologiques, rien d’étonnant s’il ne perçoit que l’intention de son discours, et non son effet objectif. La dialectique, matérialiste dans l’Élément 1 [intra-scientifique] est devenue idéaliste dans l’Élément 2 [extra-scientifique]. Inversion de tendance. Je reconnais volontiers que ce que je viens de dire n’est pas vraiment établi, puisque je parle seulement d’un « effet » d’écoute ou de lecture, qui est en lui-même insaisissable en dehors d’une convergence d’effets divers ; je vais analyser deux autres de ces effets pour renforcer ce que je viens de dire.
     1. Monod donne une définition de l’émergence qui contient en fait deux définitions très différentes l’une de l’autre. Son cours s’ouvre par cette définition. Je cite :
     « L’émergence, c’est la propriété de reproduire et de multiplier les structures ordonnées hautement complexes, et de permettre la création évolutive de structures de complexité croissante. »
     Il serait passionnant d’analyser de très près cette formule très réfléchie mais boiteuse. Car elle contient deux définitions différentes, deux propriétés différentes pensées sous un seul et même concept. L’émergence, c’est une double propriété : de reproduction et de création. Tout est dans le et. Car la propriété de reproduction est une chose et la propriété de création est une autre chose. Il est clair que la seconde n’a de sens scientifique en biologie que sur la base de la première : si des formes de vie n’étaient pas douées de la propriété de se reproduire et multiplier, il ne pourrait rien surgir de nouveau qui soit à la fois vivant, et plus complexe parmi elles. Il y a donc un lien entre reproduction et création. Mais il y a aussi différence, une rupture : celle du surgissement inattendu du nouveau, plus complexe que le précédent. Le petit mot et qui relie chez Monod la reproduction et la création risque de confondre les deux réalités ; en tout cas, les juxtapose. Or, une juxtaposition, ce n’est peut-être pas suffisant du point de vue scientifique. Monod ne pense donc pas entièrement, de manière satisfaisante, dès la définition qui manifestement veut désigner un des composants essentiels de l’Élément 1 [intra-scientifique] de la P.S.S. [philosophie spontanée de savant], ce qu’il dit. Monod ne distingue pas vraiment dans sa définition les deux propriétés. Pourtant, dans le domaine de la science biologique, sa pratique scientifique distingue parfaitement ce que sa définition se contente de juxtaposer : il y a des phénomènes de reproduction-multiplication, et les phénomènes de surgissement. Ce ne sont pas les mêmes phénomènes. Dans son exposé scientifique, lorsque Monod fait intervenir le terme d’émergence, c’est pratiquement toujours pour désigner le surgissement des formes nouvelles : la reproduction reste toujours dans l’ombre. De fait, elle ne joue, lorsqu’il est question du surgissement, aucun rôle scientifique pour penser le surgissement : elle désigne seulement qu’on a affaire à la vie, à des formes qui se reproduisent et se multiplient. Cette question est réglée par l’A.D.N. Donc, dans sa pratique, Monod fait bel et bien une distinction qu’il ne pense pas dans sa définition, à moins de considérer qu’il la pense sous la forme de la conjonction et, ce qui est insuffisant. […] En poursuivant cette analyse, que cette définition de l’émergence produit dans son silence central (ce mot : et) un effet tel que la « création » (ce mot n’est pas heureux) des formes nouvelles, d’une complexité « croissante », permet à la notion d’émergence de basculer insensiblement du côté d’un impensé qui fonctionne comme une finalité impensée, donc de changer de tendance : du matérialisme à l’idéalisme.
     2. On pourrait développer des considérations analogues à propos du concept de hasard chez Monod. En fait, le concept d’émergence a partie liée avec le concept de hasard. En biologie, le hasard est en quelque sorte l’indice précis des conditions de possibilités de l’émergence. Soit. Il joue depuis Épicure un rôle matérialiste positif, contre les exploitations finalistes de la biologie. Mais on peut constater que Monod conserve le même concept de hasard lorsqu’il passe de la biologie à l’histoire, à la noosphère. Pratiquement alors le couplage émergence/hasard sert à Monod à penser comme des émergences fondées sur le hasard, des phénomènes parfaitement explicables sur la base d’une science de l’histoire dont Monod ne soupçonne ou ne mentionne pas l’existence. Dans la plupart des exemples historiques de Monod (Shakespeare, le communisme, Staline, etc.), le hasard fonctionne chez Monod en sens inverse de la façon dont il fonctionne dans la biologie : non comme indice des conditions d’existence de l’émergence, mais comme théorie biologiste de l’histoire elle-même. Le symptôme frappant de cette inversion nous est fourni par le darwinisme historique de Monod. Alors qu’il ne fait pas intervenir la théorie de la sélection naturelle en biologie, il la ressort subitement et massivement en histoire, en parlant de ce grand esprit qui fera une histoire de « la sélection des idées ». Il est tout de même assez singulier de voir qu’une notion comme la sélection naturelle, que la biologie a étroitement limitée ou même profondément transformée, trouve subitement son plein emploi en histoire. Il est clair que, pour Monod, le sous-développement de l’histoire justifie qu’on y place un concept dans un emploi incontrôlé et démesuré, sans commune mesure d’ailleurs avec l’emploi que la biologie moderne fait elle-même de ce concept. Le résultat qui nous intéresse est en tout cas celui-ci : par l’usage non contrôlé qui en est fait, le hasard a changé de sens, et de tendance. Il est passé d’un fonctionnement matérialiste à un fonctionnement idéaliste. Et comme le hasard a partie liée avec l’émergence, l’émergence aussi.  
 
Mario Bunge, 2008, Le matérialisme scientifique, Matériologiques, Éditions Syllepse, Paris, 216 pages, ISBN:978-2-84950-14-50, traduit par Sam Ayache, Pierre Deleporte, Édouard Guinet & Juan Rodriguez Carvajal de Scientific Materialism, 1981. v
p.46:  Nous tenons les principes de la dialectique pour être les suivants :
[…]
D2. Tout objet est contradictoire de manière inhérente, c’est-à-dire qu'il est constitué de composants et d’aspects qui s’opposent mutuellement.
D3. Tout changement est le produit de la tension ou de la lutte des contraires, que ce soit à l’intérieur du système en question ou entre différents systèmes.
[…]  
 
Commentaire:  Je me limite à sa discussion de la contradiction qui est effectivement l’essentiel de la dialectique.  
Ajoutée par : admin
 
p.51:  La thèse D2, selon laquelle tout objet est une unité de contraires, est couramment considérée comme constituant la thèse essentielle de la dialectique. Mais, à nouveau, la phrase n’a guère de sens, à moins que l’on ne précise le terme de « contraire ». Et, comme nous l’avons vu dans les deux dernières sections, ce n’est pas facile, et en tous cas cela n’a pas été réalisé par les philosophes dialecticiens.
     Je soumets l’idée que D2 a un sens si le contraire, ou la contradiction ontique, est conçue comme une relation entre propriétés, à savoir la relation d’action contraire ou de neutralisation […]. […] Par exemple, dans un pays surpeuplé, l’augmentation de la population et le bien-être de cette population sont réciproquement contraires parce que la première propriété fait échouer les tentatives de maintien et d’élévation du niveau de vie.
     Si le mot « contraire » est pris dans ce sens, alors on peut affirmer qu’il existe des systèmes dominés par des contradictions internes. Mais ceci est bien loin de l'affirmation selon laquelle tous les systèmes sont contradictoires. Par exemple, selon la physique contemporaine, les électrons et les photons n’ont pas de contradictions internes. Ce qui est tout aussi bien, parce que si toute chose était composée de parties réciproquement contradictoires alors chacune de ces parties serait composée de manière similaire et l’on serait face à une régression infinie.
     Maintenant, si tout ce qu’on peut dire est que certaines choses (ou certaines de leurs parties) sont contraires à d’autres sous certains aspects […], alors tout ce que nous pouvons conclure est que certains systèmes ont des composants ou des traits qui s’opposent l’un à l’autre sous certains aspects. C’est-à-dire que nous obtenons la thèse suivante d’une moindre portée :
     D2a. Certains systèmes ont des composants qui sont contraires les uns aux autres sous certains aspects.  
 
Commentaire:  « Certains… certains… » est autant une loi générale que celle qui dit qu’il y a des jours où il pleut et des jours où il ne pleut pas.  
Ajoutée par : admin
 
p.53:  Ce dont il est question, c’est de savoir si la compétition est universelle au point d’être à l’origine de tout changement. Et il semble également évident que tel n’est pas le cas, c’est-à-dire qu’il y a des changements qui ne sont pas le fruit d’une quelconque contradiction ontique. Par exemple, le mouvement d’une particule ou d’une onde électromagnétique dans l’espace libre n’est pas conflictuel. Pas plus que la formation d’une molécule d’hydrogène à partir de deux atomes d’hydrogène, au moins parce que ces demiers ne peuvent pas être considérés comme s’opposant l’un à l’autre, tout au contraire, on pourrait dire qu’ils coopèrent. Nous pouvons tout au plus accepter la thèse suivante, d’une moindre portée :
     D3a. Certains changements sont produits par l’opposition (sous certains aspects) de choses différentes ou de différents composants d’une seule et même chose. Mais ceci est presque trivial.  
 
André Cresson & René Serreau, 1963, Hegel: Sa vie, son œuvre, avec un exposé de sa philosophie, Philosophes, Presses universitaires de France, Paris, 152 pages v
pp.38–39:  Reconnaissons-le : on peut penser tout ce qu’on voudra de ces thèmes généraux. Envisagés sous cette forme, on ne saurait leur refuser une incontestable grandeur. Vu de loin, le système de Hegel est comme une de ces cathédrales gothiques qu’on aperçoit dans un vaste paysage avec ses tours symétriques et ses clochetons réguliers. Il fait un effet énorme et grandiose. Il est colossal.
     Mais dès que, au lieu de se contenter d’une vue d’ensemble, on se préoccupe des détails de sa construction, on éprouve des déceptions pénibles. On croyait avoir affaire à du granit et à des murailles solides. On en vient à se demander si l’on n’a pas été enthousiasmé par un simple décor d’Opéra fait de bouts de bois rajoutés, de morceaux de toile peinte et d’astucieux faux semblants. C’est sans doute ce qui explique et l’engouement suscité au début par l’œuvre de Hegel, et le discrédit où, dans sa lettre, elle est rapidement tombée, sans compter ses renouveaux actuels. Les auditeurs de la première heure et les rénovateurs ont été et sont éblouis par les vastes perspectives qu’Hegel ouvre à leurs yeux. Mais les lecteurs quand ils ont l’esprit calme et suffisamment critique sont fatalement frappés du caractère artificiel, voulu, souvent arbitraire, jusqu’au ridicule et au calembour, de sa dialectique orgueilleuse. Nulle part, en effet, plus que chez Hegel, on ne voit danger de l’esprit de système. Thèse, antithèse, synthèse, c’est un « lit de Procuste ». Et c’est assurément un jeu qui demande beaucoup d’ingéniosité, d’imagination et de subtilité que celui qui consiste à tout y faire entrer. Mais comment pratiquer un tel jeu sans utiliser, et les artifices verbaux, et les obscurités propices, et les grandiloquences impressionnantes, et les escamotages, bref tous les procédés ordinaires des illusionnistes ? « Il n’est pas, disait Bossuet et a répété Pasteur, de pire dérèglement de l’esprit que de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient. » Formule à méditer quand on lit Hegel.  
 
Gabriel Dover, 2001, Dear Mr Darwin: Letters on the Evolution of Life and the Human Nature, Phoenix (Orion Books Ltd), Londres, 268 pages, ISBN:0-75381-127-8 v
p.174:  It is interesting that quantitative changes probably precede qualitative changes in biology. This reminds me of Karl Marx’s concept of dialectical materialism. Quantitative changes need to accumulate to a certain point before they cause a qualitative change in state — like heating liquid water to the fixed point at which it turns into gaseous steam, or cooling water to the point at which it turns into solid ice. This is similar to the processes of evolution, whether by natural selection or molecular drive. But biological organisms are not like the simple case of water because we do not know at what point we should be expecting a change of state, be it a new species, a new appendage or a new example of molecular coevolution.    
Stephen Jay Gould, 1990, Aux racines du temps, Le livre de poche, biblio essais no 4247, Éditions Grasset et Fasquelle, Paris, 320 pages, 2-253-94247-2, 9 782253 942474, traduit par Bernard Ribault de Time’s Arrow, Time’s Cycle: Myth and Metaphor in the Discovery of Geological Time, 1987. v
pp.23–24:       Tout homme de science plongé dans les méandres d’un problème embrouillé vous dira que sa complexité ne saurait se résumer en une dichotomie, un conflit de deux interprétations antagonistes. Néanmoins, pour des raisons que je n’arrive toujours pas à comprendre, l’esprit humain se complaît à opposer les contraires — en tout cas dans notre culture, mais sans doute d’une façon plus générale, comme l’ont prouvé les analyses structuralistes de systèmes de pensée non occidentaux. Quant à notre propre goût pour l’antithèse, il remonte au moins à Diogène Laërce et à son célèbre aphorisme : « Protagoras soutenait que toute question comporte deux aspects très exactement opposés l’un à l’autre. »
     J’ai pesté contre ce genre de simplification, mais j’ai aujourd’hui l’impression qu’une autre stratégie serait plus profitable au pluralisme. Je désespère d’amener mes semblables à laisser tomber cette tactique familière et rassurante qu’est la dichotomie. Sans doute vaudrait-il mieux élargir le cadre du débat en faisant appel à des dichotomies plus opportunes, ou tout bonnement autres que les divisions habituelles. Toutes les dichotomies ne sont que des simplifications, alors que la redistribution d’une quelconque opposition sur des axes variables de plusieurs dichotomies orthogonales doterait l’intelligence d’une marge de manœuvre beaucoup plus vaste, sans nous obliger à nous priver de nos outils de réflexion les plus confortables.
     Le problème ne tient pas tant à ce que nous soyons portés à forger des dichotomies, mais que nous imposions au monde et à toute sa complexité les divisions par deux erronées ou fallacieuses. […]
     […]
     Je ne souhaite pas discuter ici la question de savoir si certaines dichotomies sont plus « vraies » que d’autres. Toute dichotomie est utile ou trompeuse. Elle n’est en soi ni vraie ni fausse. Elle n’est qu’un modèle simplificateur servant à la mise en ordre de la pensée, mais assurément pas du monde.  
 
Jean-Paul Jouary & Arnaud Spire, 1983, Invitation à la philosophie marxiste, Problèmes, Messidor/Éditions sociales, Paris, 191 pages, ISBN:2-209-05523-7 v
pp.76–77:  Si on jette un coup d’œil sur la réalité dans son ensemble, ce qui apparaît d’abord, c’est un enchevêtrement […] Il s’agit là de l’apparence de la dialectique, qui est l’interaction.
     […]
     Ce qui apparaît ensuite, c’est que […] « Tout se meut, change, devient et périt ». Autrement dit, l’évolution est un aspect moins superficiel de la dialectique.
     […]
     Il n’est pas faux de dire que la dialectique est une théorie de l’interaction et du développement. Mais il convient d’aller plus loin et de ne jamais perdre du vue que ça renvoie à l’étude de la contradiction dans l’essence même de la chose.
     […]
     Il s’agit d’un appel à analyser concrètement de quelle manière chaque chose est dans son essence contradictoire […]  
 
Commentaire:  La science nous montre que l’interaction et l’évolution sont des traits du monde contingents et concrets, mais nous montre aussi qu’on les rencontre autant dire partout. Il est d’une importance fondamentale pour l’étude d’avoir toujours ça présent à l’esprit, et on peut qualifier cette attention de méthode dialectique.
     Mais, parce que c’est toujours contingent et concret, chaque fois différent, on ne peut pas en dire grand chose de plus en général, à part des banalités. C'est pour cela qu’il ne saurait être sérieusement question de « lois de la dialectique ».
     On ne peut les qualifier d’aspects superficiels que par rapport à la prétention d’une « théorie » de la dialectique basée sur « la contradiction dans l’essence même de la chose », blabla où les mots « contradiction », « essence » et « chose » ne sont pas définis. Mais le verbalisme de cette troisième phrase est tempéré par la reconnaissance dans la quatrième qu’il n’y a pas de contradiction en général, mais seulement des contradictions concrètes.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
Pierre Lepape, 1992, Diderot, Éditions France Loisirs, Paris, 414 pages, ISBN:2-7242-6885-7 v
p.338:  Les abstractions, répète Diderot, sont des filets à mailles larges qui ne ramènent à la surface que les gros poissons de la réalité. Le reste leur échappe, et donc la réalité elle-même, qui est faite de mille choses diverses, d’une pluralité d’exceptions sans la prise en compte desquelles on ne comprend rien. L’exception, le phénomène qui ne rentre pas dans la théorie, c’est précisément ce qu’il faut étudier pour avancer, pour s’élever dans la connaissance.
     Lorsque Diderot abordera directement la philosophie politique — dans l’Essai sur les règnes de Claude et de Néron —, ou quand il cherchera à conseiller Catherine II, il n’oubliera pas les leçons d’analyse concrète apprises auprès du petit abbé Galiani : on ne commande au réel qu’en se soumettant à sa diversité.  
 
Commentaire:  Lepape ne donne malheureusement pas de références précises de ce que « répète » Diderot. Il faudrait rechercher les textes liés à Galiani.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
Richard C. Lewontin, Steven Rose & Leon J. Kamin, 1985, Nous ne sommes pas programmés: Génétique, hérédité, idéologie, Sciences et société, Éditions La Découverte, Paris, 404 pages, 9 782707 115324, traduit par Marcel Blanc, Robert Forest & Joëlle Ayats de Not in our Genes: Biology, Ideology and Human Nature, 1983 chez Pantheon Books, New York. v
pp.28–29:  Cette compréhension, selon nous, doit être dialectique, par opposition au réductionnisme. L’explication réductionniste cherche à déduire les propriétés des « touts » des propriétés intrinsèques des parties, ces dernières propriétés caractérisant les parties avant leur assemblage en structures complexes. La démarche caractéristique du réductionnisme est d’assigner des poids relatifs à différentes causes partielles et de chercher à établir l’importance de chacune en faisant varier un seul paramètre à la fois. Au contraire, les explications dialectiques n’attribuent pas de propriétés aux parties prises isolément de leur association en « touts », mais considèrent que les propriétés des parties surgissent de leur association. Ou encore, on peut dire que les propriétés des parties et des « touts » se déterminent les unes les autres. Les caractéristiques des individus humains n’existent pas à l’état isolé : elles sont engendrées par la vie sociale ; mais la nature de cette vie sociale est de son côté une conséquence du fait que nous sommes des êtres humains et non, par exemple, des végétaux. Il s’ensuit que l’explication dialectique s’oppose aux modes d’explications culturelles ou dualistes qui séparent le monde en différentes sortes de phénomènes — culture et biologie, esprit et corps — explicables de manière différente, par des moyens qui ne se recoupent pas.
    Les explications dialectiques cherchent à rendre compte de l’univers matériel d’une façon cohérente, unitaire, mais non réductionniste. Pour la dialectique, l’univers est unitaire, mais en changement constant ; les phénomènes observables à tout instant font partie de processus, processus qui ont une histoire et un futur, dont les voies ne sont pas uniquement déterminées par leurs unités constitutives. Les « touts » sont composés d’unités dont on peut décrire les propriétés ; mais l’interaction de ces unités, lors de la constitution des « touts », engendre des complexités qui font que les produits obtenus sont qualitativement différents des parties constitutives. On peut penser à la cuisson d’un gâteau : le goût du produit est le résultat d’une interaction complexe d’ingrédients (beurre, sucre, farine…) exposés pendant des laps de temps différents à des températures élevées ; ce goût ne peut être décomposé en tant pour cent de farine, tant pour cent de beurre, etc., bien que chaque ingrédient (ou ce qu’il en est advenu à haute température) contribue au produit final. Dans un univers où des interactions complexes de ce genre se produisent constamment, l’histoire devient capitale. La position et l’état d’un organisme à un moment donné ne dépendent pas seulement de sa constitution à ce moment, mais aussi d’un passé qui impose diverses contingences à l’interaction présente et future de ses parties constitutives.
    Une telle conception du monde abolit les antithèses entre réductionnisme et dualisme, entre nature et culture, ou hérédité et environnement ; entre un monde statique et ses composantes qui interagissent mais (de manière limitée et prédéterminée en fait, au long de chemins définis à l’avance). Dans les chapitres qui suivent, l’explication de cette position apparaîtra au cours de notre critique du déterminisme biologique, par exemple dans notre analyse des relations entre génotype et phénotype (chapitre 5) et entre esprit et cerveau.  
 
p.322:  Il y a un problème encore plus fondamental auquel doivent faire face les théoriciens de la nature humaine biologique. Supposons que la biologie du développement soit capable de dire quelle réponse développementale à l’environnement va donner tel génotype humain, par rapport à tel comportement. Dans ces conditions, les caractéristiques d’un individu pourraient être prédites, étant donné tel environnement. Or, celui-ci est de nature sociale. Et qu’est-ce qui déterminera l’environnement social ? D’une façon ou d’une autre, les caractéristiques des individus jouent, quoiqu’elles ne soient pas déterminantes. Il y a aussi un rapport dialectique entre l’individu et la société, chacun étant la condition du développement et de la détermination de l’autre. La théorie de ce rapport dialectique, où les individus à la fois font et sont faits par la société, relève d’un thème social, pas biologique. Les lois qui gouvernent les rapports de génotype individuel à phénotype individuel ne peuvent pas elles-mêmes fournir ces lois du développement de la société. En outre, il doit y avoir des lois qui relient les natures individuelles à la nature de la collectivité. Ces problèmes de la théorie sociale disparaissent dans la vision réductionniste du monde parce que, pour un réductionniste, la société est déterminée par les individus, sans qu’il y ait d’action en retour.    
Karl Marx, 1969, Le Capital : Critique de l’économie politique: Livre premier : Le développement de la production capitaliste, tome 1, en 8 vol. vol. 1, Éditions sociales, Paris, 319 pages, traduit par Joseph Roy. v
p.27:  Le Messager européen, revue russe, […] déclare que mon procédé d’investigation est rigoureusement réaliste, mais que ma méthode d’exposition est malheureusement dans la manière dialectique allemande.
     […]
     Je ne saurais mieux répondre à l’ « écrivain russe » que par des extraits de sa propre critique, qui peuvent d’ailleurs intéresser le lecteur.  
 
Commentaire:  D’après Rosenthal (1959: p.108), l’ « écrivain russe » s’appellerait Kaufmann.

M. Rosenthal, 1959, Les problèmes de la dialectique dans Le Capital de Marx, Éditions en langues étrangères, Moscou, 488 pages  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
Jacques Monod, 1973, Le hasard et la nécessité: Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, Points no 43, Éditions du Seuil, Paris, 256 pages v
p.145:  Le système tout entier, par conséquent, est totalement, intensément conservateur, fermé sur soi-même, et absolument incapable de recevoir quelque enseignement que ce soit du monde extérieur. Comme on le voit, ce système, par ses propriétés, par son fonctionnement d’horlogerie microscopique qui établit entre ADN et protéine, comme aussi entre organisme et milieu, des relations à sens unique, défie toute description « dialectique ». Il est foncièrement cartésien et non hégélien : la cellule est bien une machine.    
Commentaire:  C'est sans doute une critique juste, non de la dialectique, mais de certains penseurs qui, se voulant marxistes, sont trop hégéliens, qui ont de la dialectique une conception religieuse et qui veulent en remettre partout.  
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Bertell Ollman, 2003, Dance of the Dialectic: Steps in Marx’s Method, University of Illinois Press, Urbana and Chicago, xii + 236 pages, ISBN:0-252-07118-2 v
p.13:  With all the misinformation conveyed about dialectics, it may be useful to start by saying what it is not. Dialectics is not a rock-ribbed triad of thesis-antithesis-synthesis that serves an all-purpose explanation; nor does it provide a formula that enable us to prove or predict anything; nor is it the motor force of history. The dialectic, as such, explains nothing, proves nothing, predicts nothing, and causes nothing to happen. Rather, dialectics is a way of thinking that bring into focus the full range of changes and interactions that occur in the world. As part of this, it includes how to organize a reality viewed in this manner for purposes of study and how to present the results of what one finds to others, most of whom do not think dialectically.    
Georges Politzer, Guy Besse & Maurice Caveing, 1954, Principes fondamentaux de philosophie, Éditions sociales, Paris, X + 532 pages v
p.10:  Quant au matérialisme dialectique, il a un double objet :
     – en tant que dialectique, il étudie les lois les plus générales de l’univers, lois communes à tous les aspects du réel, depuis la nature physique jusqu’à la pensée, en passant par la nature vivante et la société. […] C’est le progrès des sciences qui leur [Marx et Engels] a permis de découvrir et de formuler les lois les plus générales, communes à toutes les sciences et que la philosophie expose.
     – en tant que matérialisme, la philosophie marxiste est une conception scientifique du monde, la seule scientifique, c’est-à-dire la seule conforme à ce que nous enseignent les sciences. Or qu’enseignent les sciences ? Que l’univers est une réalité matérielle, que l’homme n’est pas étranger à cette réalité et qu’il peut la connaître, et par là la transformer (comme le montrent les résultats pratiques obtenus par les diverses sciences). […] Le matérialisme marxiste ne s’identifie pas aux sciences, car son objet n’est pas tel aspect limité du réel (c’est là l’objet des sciences), mais la conception du monde dans son ensemble, conception que toutes les sciences admettent implicitement, même si les savants ne sont pas marxistes.  
 
Commentaire:  Les considérations sur le matérialisme sont frustes mais acceptables. Celles sur la dialectique, il est difficile de les qualifier : elles sont absurdes. On ne peut pas vraiment les dire fausses parce qu’il faudrait d’abord pour cela qu’elles aient un sens.
Il n’y a qu’un ordre de réalité, mais différents niveaux de complexité qui ont des sciences et des lois spécifiques. Il ne peut y avoir de "lois communes à tous les aspects du réel" qui soient autres que des banalités. Il ne peut y avoir de "lois communes à toutes les sciences" sinon on n’écrirait pas sciences au pluriel. Et si de telles lois pouvaient exister pour les sciences, ce serait aux sciences de les exposer et non à la philosophie. Cette prétention de la philosophie à dicter aux sciences des lois, "générales" ou non, s’oppose à la différence entre sciences et philosophie (mal ?) défendue plus loin.
     Cela montre en fait que la conception que les auteurs ont de la relation et de la différence entre science et philosophie n’est pas correcte. Ils en font essentiellement une différence extensionnelle ("tel aspect" opposé à "dans son ensemble"), alors qu’il faut les situer sur des plans différents.  
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p.11:  Le matérialisme dialectique ne s’identifie pas aux sciences, avons-nous dit. Mais nous venons de voir aussi que les sciences sont nécessairement dialectiques (puisqu’elles ne peuvent se constituer si elles méconnaissent les lois les plus générales de l’univers) et matérialistes (puisqu’elles ont pour objet l’univers matériel). Donc le matérialisme dialectique est inséparable des sciences. Il ne peut progresser qu’en s’appuyant sur elles ; il en fait la synthèse. Mais en retour, il aide puissamment les sciences, comme nous le verrons.    
Commentaire:  Il faut savoir ce qu’on veut. Si le matérialisme dialectique progresse en s’appuyant sur les sciences (bravo : c’est la seule conception matérialiste de la dialectique), il faut se souvenir, d’un point de vue dialectique, que les sciences aussi ont une histoire, et s’appuyer sur les sciences d’aujourd’hui. Mais il est alors absurde d’imposer normativement à la science « les lois les plus générales de l’univers » basées sur les illusions ou les prétentions d’un philosophe du 19e (Hegel) dont la culture scientifique était limitée, même au regard de la science de son temps.
     Quant à savoir où et quand ce genre de dialectique aussi absurde que normative a jamais aidé « puissamment » les sciences, eh bien « nous le verrons », il faut que je lise tout, mais j’en doute.  
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p.20:  La dialectique, voilà précisément cette méthode, et elle est la seule qui soit rigoureusement appropriée à une conception matérialiste du monde.    
Commentaire:  Dix pages plus haut, la dialectique avait quelque chose à dire sur l’être lui-même du monde, pas seulement sur la pensée mais sur toute la réalité. Elle énonçait « les lois les plus générales de l’univers ». Ici, la dialectique devient une méthode et ses « lois » sont rebaptisées « traits ». Une méthode ne dit pas comment le monde est, elle indique par quels moyens, avec quelle attitude de pensée on a une bonne chance de le découvrir. C’est tout différent.
     Engels qui se moquait de la tendance des philosophes à vouloir des systèmes a cédé à la tentation en rêvant d’un système universel de la dialectique inspiré de Hegel. Un courant dans le marxisme a tendance à traiter les textes de Marx et Engels comme l’ « écriture sainte ». Pour eux la dialectique a valeur d’ontologie. D’autres ont eu la prudence de qualifier la dialectique de méthode. Besse et Caveing n'ont peut-être pas compris qu’il y avait lutte entre deux lignes et tombent dans le syncrétisme.  
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p.97:  [De l’eau] c’est la lutte des contraires qui explique sa transformation qualitative d’état liquide en état gazeux, d’état liquide en état solide.    
Commentaire:  Les physiciens peuvent aller se rhabiller. Les alchimistes Besse et Caveing ont trouvé la vraie explication dans les grimoires de Hegel. Je me demande si les changements de phase de l’eau sont facilités en disant « abracadabra ».  
Ajoutée par : admin
 
p.97:  Le changement de lieu s’explique par la contradiction. Considérons un véhicule qui roule (ou un homme en marche). Il ne peut passer de A en B, puis de B en C, etc., qu’à la condition de « lutter » sans cesse contre la position qu’il occupe. Que cette lutte cesse, et la marche cesse.    
Commentaire:  Zénon d’Élée avait avec le mouvement un gros problème hérité de Parménide. Il semble qu’après lui, les philosophes et les savants se soient réconciliés avec le mouvement et depuis Galilée, c’est même considéré comme l’état normal de la matière. Besse et Caveing ne sont jamais en retard que de deux millénaires et demi.
Parménide et Zénon étaient cohérents dans leur refus du mouvement. Besse et Caveing se contredisent eux-mêmes en défendant à la fois que le mouvement est le mode d’existence de la matière et qu’il est une contradiction.  
Ajoutée par : admin
 
M. Rosenthal, 1959, Les problèmes de la dialectique dans Le Capital de Marx, Éditions en langues étrangères, Moscou, 488 pages v
p.108:  Marx approuve l’opinion de Kaufmann […]    
Commentaire:  C’est l’auteur d’un article de la revue russe Messager européen que Marx (1969: p.27) cite dans la Postface de la deuxième édition allemande du Capital, mais sans le nommer.

Karl Marx, 1969, Le Capital : Critique de l’économie politique: Livre premier : Le développement de la production capitaliste, tome 1, en 8 vol. vol. 1, Éditions sociales, Paris, 319 pages, traduit par Joseph Roy.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
p.164:  Il en va tout autrement chez Hegel. Bien que celui-ci ait su, dans la dialectique des concepts, pressentir génialement la dialectique des choses mêmes […]    
Commentaire:  La prétention extrême d’affirmer dogmatiquement qu’il puisse exister quelque chose d’aussi général que la « dialectique des choses mêmes » est réduite à néant par l’usage du mot « chose ». Est-ce que l’électron est une « chose » au même titre que le travail abstrait par exemple ?
     Par ailleurs, il n’existe aucune « chose » telle qu’un « pressentiment génial ».  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
J. D. Salinger, 1958, The Catcher in the Rye, Penguin Books, Harmondsworth (Middlesex), 220 pages, ISBN:0-14-001248-6 v
p.13:  It’s partly true, too, but it isn’t all true. People always think something’s all true.    
Paul Sandor, 1947, Histoire de la dialectique, Collection Pensées, Éditions Nagel, Paris, 256 pages v
pp.173–174:  Les mathématiques élémentaires, mathématiques des quantités déterminées, se meuvent essentiellement dans les cadres de la logique. La mathématique des quantités variables, dont la partie la plus importante est le calcul infinitésimal, constitue, dans son essence, une application de la dialectique aux mathématiques. L’importance de sa valeur démonstrative elle-même est moindre que son application sur des plans entièrement nouveaux. Cependant, presque toutes les preuves des mathématiques supérieures sont fausses au point de vue des mathématiques élémentaires. Et il ne peut en être autrement si l’on essaie de prouver les résultats obtenus par voie dialectique, au moyen de la logique formelle.    
Commentaire:  Quelqu'un qui, même sans être mathématicien, a la moindre culture mathématique, ne peut pas écrire de telles âneries. L’auteur n’y connaît donc rien et ça ne le gêne pas le moins du monde pour faire des déclarations à l’emporte-pièce. En fait il se contente de répéter comme un perroquet certaines phrases qu’Engels a laissé malencontreusement échapper.
     On peut admettre qu’Engels, au 19e siècle, ayant essayé d’étudier seul les mathématiques mais étant tombé par malchance sur un livre déjà alors dépassé d’un siècle, ne comprenne pas que le calcul différentiel et intégral est une théorie mathématique rigoureuse parfaitement conforme à la logique. On ne peut admettre que des générations de soi-disant marxistes, traitant chaque mot d’Engels comme les écritures saintes, fassent de ces erreurs un dogme.  
Ajoutée par : admin
 
George Thomson, 1973, Les premiers philosophes, Éditions sociales, Paris, 400 pages, traduit par Michel Charlot. v
p.279:  Comparons, avant de poursuivre, les contraires pythagoriciens avec le yin et le yang des Chinois (p. 70). Les deux théories ont en commun le point suivant : elles postulent toutes deux une série de couples, où à chaque fois, l’un des éléments est moralement supérieur à 1’autre ; en outre, elles s’accordent pour exclure, ou du moins pour rejeter à l’arrière-plan, une origine du monde dans le temps. Mais, quoique grosse d’idéalisme et de dualisme, la théorie chinoise reste moniste et matérialiste, le conflit des contraires étant réconcilié et contrôlé en la personne du roi. La théorie chinoise est donc moins avancée que celle des Pythagoriciens. C’est la conception d’une intelligentsia commerçante dans une société où le développement de la production marchande est bloqué par le despotisme oriental.    
Steven Weinberg, 1993, Dreams of a Final Theory: Search for the Ultimate Laws of Nature, Hutchinson Radius, Londres, ISBN: 0-09-177395-4 v
p.136:  In the nineteenth century, the heroic tradition of mechanism was incorporated, unhappily, into the dialectical materialism of Marx and Engels and their followers. […] made holy writ […] and for a while dialectical materialism stood in the way of the acceptance of general relativity in the Soviet Union.    
Commentaire:  Heureusement, les physiciens soviétiques se sont dans l’ensemble bien défendus du dogmatisme. Écrivant sur la physique, Weinberg s’abstient de mentionner Lyssenko. Le dogmatisme des années trente a dépassé les frontières de l’Union soviétique. Il est illustré dramatiquement par le combat d’arrière-garde que Labérenne (1953:) croit devoir mener contre le Big Bang.

Paul Labérenne, 1953, L’origine des mondes, La science et l’homme, Les éditeurs français réunis, Paris, 272 pages  
Ajoutée par : admin
 
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