Dominique Meeùs
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Citations

Louis Althusser, 1974, Philosophie et philosophie spontanée des savants (1967): Cours de philosophie pour scientifiques, Théorie (dir. : Louis Althusser), Librairie François Maspero, Paris, 160 pages v
pp.131–135:  Dialectique [chez Monod]
     La même inversion.
     Dans l’Élément 1 [intra-scientifique], la dialectique est matérialiste : elle est présente dans le concept d’émergence. Ce concept d’émergence fonctionne adéquatement du point de vue scientifique, dans le domaine de la science biologique. Il y fonctionne au titre matérialiste.
     Mais quand on sort de la sphère de la biologie, pour passer à la noosphère, le concept d’émergence perd son contenu scientifique d’origine, et il est contaminé par la façon dont Monod pense la nature de son nouvel objet : l’histoire. Dans l’histoire, la dialectique fonctionne d’une manière étonnante.
     D’abord, l’émergence y prolifère : un vrai deus ex machina. Chaque fois qu’il se passe quelque chose de nouveau, une idée nouvelle, un événement nouveau, Monod prononce le mot magique : « émergence ». En règle générale, on peut dire que, lorsqu’un concept sert à penser toutes les choses, c’est qu’il risque de ne plus penser grand-chose. C’est le travers déjà dénoncé par Hegel contre Schelling appliquant partout sa théorie des pôles : du formalisme.
     Ensuite, l’émergence fonctionne dans l’histoire non sous la forme propre à l’histoire, mais sous la forme propre à la biologie : témoin la théorie de la sélection naturelle des idées, cette vieille imposture que Monod croit nouvelle.
     Enfin, qu’on le veuille ou non, et en dépit de ce que Monod avait dit du primat de l’émergence sur la téléonomie, excellemment, contre Teilhard et les finalistes, comme ce qui fait le fond de l’histoire pour Monod, c’est l’émergence de la noosphère, c’est-à-dire l’émergence de l’Esprit ; comme la noosphère est scientifiquement parlant un concept vide ; comme émergence et noosphère sont constamment associées, et de manière répétée, il en résulte un effet-philosophique objectif dans l’esprit, non de Monod sans doute, mais de ses auditeurs et de ses lecteurs. Cette insistance vide produit en fait un effet d’inversion de sens et de tendance : qu’on le veuille ou non, tout se passe comme si la noosphère était le produit le plus complexe, le plus fin, le plus extraordinaire de toute la suite des émergences, donc un produit « valorisé », sinon en droit (Monod ne le dit pas), mais en fait. La multiplication soudaine et miraculeuse des émergences dans la noosphère n’est que la manifestation en quelque sorte empirique de ce privilège de fait, mais privilège tout de même : la noosphère est la sphère privilégiée du fonctionnement de l’émergence. Alors le rapport se renverse, et tout se passe comme si la suite des émergences avait pour fin cachée, pour téléonomie, l’émergence de la noosphère. Monod peut contester cette interprétation : mais comme en fait il ne contrôle pas les notions qu’il manipule dans le domaine de l’histoire, comme il les croit scientifiques, alors qu’elles ne sont qu’idéologiques, rien d’étonnant s’il ne perçoit que l’intention de son discours, et non son effet objectif. La dialectique, matérialiste dans l’Élément 1 [intra-scientifique] est devenue idéaliste dans l’Élément 2 [extra-scientifique]. Inversion de tendance. Je reconnais volontiers que ce que je viens de dire n’est pas vraiment établi, puisque je parle seulement d’un « effet » d’écoute ou de lecture, qui est en lui-même insaisissable en dehors d’une convergence d’effets divers ; je vais analyser deux autres de ces effets pour renforcer ce que je viens de dire.
     1. Monod donne une définition de l’émergence qui contient en fait deux définitions très différentes l’une de l’autre. Son cours s’ouvre par cette définition. Je cite :
     « L’émergence, c’est la propriété de reproduire et de multiplier les structures ordonnées hautement complexes, et de permettre la création évolutive de structures de complexité croissante. »
     Il serait passionnant d’analyser de très près cette formule très réfléchie mais boiteuse. Car elle contient deux définitions différentes, deux propriétés différentes pensées sous un seul et même concept. L’émergence, c’est une double propriété : de reproduction et de création. Tout est dans le et. Car la propriété de reproduction est une chose et la propriété de création est une autre chose. Il est clair que la seconde n’a de sens scientifique en biologie que sur la base de la première : si des formes de vie n’étaient pas douées de la propriété de se reproduire et multiplier, il ne pourrait rien surgir de nouveau qui soit à la fois vivant, et plus complexe parmi elles. Il y a donc un lien entre reproduction et création. Mais il y a aussi différence, une rupture : celle du surgissement inattendu du nouveau, plus complexe que le précédent. Le petit mot et qui relie chez Monod la reproduction et la création risque de confondre les deux réalités ; en tout cas, les juxtapose. Or, une juxtaposition, ce n’est peut-être pas suffisant du point de vue scientifique. Monod ne pense donc pas entièrement, de manière satisfaisante, dès la définition qui manifestement veut désigner un des composants essentiels de l’Élément 1 [intra-scientifique] de la P.S.S. [philosophie spontanée de savant], ce qu’il dit. Monod ne distingue pas vraiment dans sa définition les deux propriétés. Pourtant, dans le domaine de la science biologique, sa pratique scientifique distingue parfaitement ce que sa définition se contente de juxtaposer : il y a des phénomènes de reproduction-multiplication, et les phénomènes de surgissement. Ce ne sont pas les mêmes phénomènes. Dans son exposé scientifique, lorsque Monod fait intervenir le terme d’émergence, c’est pratiquement toujours pour désigner le surgissement des formes nouvelles : la reproduction reste toujours dans l’ombre. De fait, elle ne joue, lorsqu’il est question du surgissement, aucun rôle scientifique pour penser le surgissement : elle désigne seulement qu’on a affaire à la vie, à des formes qui se reproduisent et se multiplient. Cette question est réglée par l’A.D.N. Donc, dans sa pratique, Monod fait bel et bien une distinction qu’il ne pense pas dans sa définition, à moins de considérer qu’il la pense sous la forme de la conjonction et, ce qui est insuffisant. […] En poursuivant cette analyse, que cette définition de l’émergence produit dans son silence central (ce mot : et) un effet tel que la « création » (ce mot n’est pas heureux) des formes nouvelles, d’une complexité « croissante », permet à la notion d’émergence de basculer insensiblement du côté d’un impensé qui fonctionne comme une finalité impensée, donc de changer de tendance : du matérialisme à l’idéalisme.
     2. On pourrait développer des considérations analogues à propos du concept de hasard chez Monod. En fait, le concept d’émergence a partie liée avec le concept de hasard. En biologie, le hasard est en quelque sorte l’indice précis des conditions de possibilités de l’émergence. Soit. Il joue depuis Épicure un rôle matérialiste positif, contre les exploitations finalistes de la biologie. Mais on peut constater que Monod conserve le même concept de hasard lorsqu’il passe de la biologie à l’histoire, à la noosphère. Pratiquement alors le couplage émergence/hasard sert à Monod à penser comme des émergences fondées sur le hasard, des phénomènes parfaitement explicables sur la base d’une science de l’histoire dont Monod ne soupçonne ou ne mentionne pas l’existence. Dans la plupart des exemples historiques de Monod (Shakespeare, le communisme, Staline, etc.), le hasard fonctionne chez Monod en sens inverse de la façon dont il fonctionne dans la biologie : non comme indice des conditions d’existence de l’émergence, mais comme théorie biologiste de l’histoire elle-même. Le symptôme frappant de cette inversion nous est fourni par le darwinisme historique de Monod. Alors qu’il ne fait pas intervenir la théorie de la sélection naturelle en biologie, il la ressort subitement et massivement en histoire, en parlant de ce grand esprit qui fera une histoire de « la sélection des idées ». Il est tout de même assez singulier de voir qu’une notion comme la sélection naturelle, que la biologie a étroitement limitée ou même profondément transformée, trouve subitement son plein emploi en histoire. Il est clair que, pour Monod, le sous-développement de l’histoire justifie qu’on y place un concept dans un emploi incontrôlé et démesuré, sans commune mesure d’ailleurs avec l’emploi que la biologie moderne fait elle-même de ce concept. Le résultat qui nous intéresse est en tout cas celui-ci : par l’usage non contrôlé qui en est fait, le hasard a changé de sens, et de tendance. Il est passé d’un fonctionnement matérialiste à un fonctionnement idéaliste. Et comme le hasard a partie liée avec l’émergence, l’émergence aussi.  
 
Mario Bunge, 2008, Le matérialisme scientifique, Matériologiques, Éditions Syllepse, Paris, 216 pages, ISBN:978-2-84950-14-50, traduit par Sam Ayache, Pierre Deleporte, Édouard Guinet & Juan Rodriguez Carvajal de Scientific Materialism, 1981. v
pp.19–21:  Le dualisme psychophysique, ou la thèse selon laquelle il y a des esprits à côté des corps, est probablement la plus ancienne philosophie de l’esprit. Elle fait partie intégrante de la plupart des religions et a été introduite en philosophie par Platon. Descartes lui a donné une nouvelle tournure en expulsant tous les esprits du corps et en offrant ce dernier à la science — tout en conservant à la théologie et à la philosophie leurs droits sur l’âme. Beaucoup de philosophes modernes, ainsi qu’un certain nombre de scientifiques dans leurs moments philosophiques, ont adopté un dualisme d’une forme ou d’une autre, certains explicitement, la plupart de manière tacite. Des écoles de pensée entières l’ont endossé, par exemple la psychanalyse qui nous parle d’entités immatérielles habitant le corps, et les anthropologues et les historiens qui nous parlent d’une superstructure spirituelle chevauchant l’infrastructure matérielle. Toutefois, le sort du dualisme psychophysique a commencé à décliner depuis à peu près trois décennies sous l’action non concertée de la philosophie et de la psychologie. Je m’explique.
     Il y a au moins trois manières de saper la doctrine de l’immatérialité de l’esprit. L’une d’elles est de montrer qu’elle est défectueuse dans ses concepts, une autre est de montrer qu’elle est en désaccord avec la science, et une troisième consiste à proposer une meilleure alternative. Abordons les deux premières maintenant, en laissant la troisième pour le chapitre 5. [Voir aussi (Mario Bunge 1980).]
     Le défaut conceptuel le plus criant du dualisme psychophysique, c’est son imprécision : il n’énonce pas clairement ce qu’est l’esprit parce qu’il n’offre ni une théorie ni une définition de l’esprit. Tout ce que nous donne le dualisme, ce sont des exemples d’états mentaux ou d’événements mentaux : il ne nous dit pas ce qui se trouve dans ces états ni ce qui subit ces changements — excepté bien sûr l’esprit lui-même, de telle sorte que le dualisme est circulaire. Un second défaut capital du dualisme, c’est qu’il disjoint les états et les événements mentaux des choses qui pourraient être dans de tels états ou qui pourraient être l’objet de tels changements. Cette manière de concevoir des états et des changements va à l’encontre de la nature de la science : en fait dans toute science les états sont des états d’entités matérielles et les événements sont des modifications de ces états. La psychophysiologie remplit cette condition, mais pas le dualisme psychophysique. Un troisième défaut grave du dualisme, c’est qu’il est compatible avec le créationnisme mais pas avec l’évolutionnisme : en fait, si l’esprit est immatériel, alors il est au-dessus des vicissitudes de la matière vivante, c’est-à-dire de la mutation et de la sélection naturelle. En revanche, selon le matérialisme, l’esprit évolue en même temps que le cerveau (cf chap. 6).
     Mais le pire aspect du dualisme est qu’il bloque la recherche, parce qu’il est une réponse toute faite à tous les problèmes et qu’il refuse de regarder dans le cerveau pour découvrir l’esprit. (Il renforce ainsi la séparation entre la psychologie et la neurophysiologie, et en vertu de cela il favorise la psychothérapie verbale contre la psychothérapie comportementale ou médicamenteuse.) De la même façon, le dualisme entretient la superstition, en particulier la croyance en la télépathie, la psychokinésie, la voyance, la prévision de l’avenir, et les diverses entités immatérielles de la psychanalyse (le moi, le surmoi, le ça et la libido).
     En bref, le dualisme psychophysique n’est pas une théorie scientifique ni même une théorie : c’est seulement une partie des vieilles conceptions du monde magiques et religieuses : c’est de l’idéologie, ce n’est pas de la science. Il n’est pas étonnant qu’i1 soit remplacé par l’approche matérialiste selon laquelle l’esprit est un ensemble particulier de fonctions cérébrales. Nous développerons cela au chapitre 5.

Mario Bunge, 1980, The Mind-Body Problem, Pergamon Press Ltd, Oxford-New York  
 
Commentaire:  Bunge est, comme trop souvent, schématique, simpliste. Il décrète que les entités de la psychanalyse sont immatérielles, mais Freud, qui était médecin, espérait certainement avoir trouvé des organes, ou au moins des fonctionnalités du cerveau et il reste plausible, au vu de la personnalité normale et de ses désordres, que quelque chose existe de telles unités fonctionnelles. De même, une psychothérapie verbale n’est idéaliste que du point de vue de l’idéalisme. Pour un matérialiste conséquent qui identifie pensées et processus neuronaux, toute parole est un accès direct au cerveau. Si ce que je viens d’écrire vous dérange, c’est la preuve qu’en vous donnant ça à lire, et parce que vous l’avez lu, je suis intervenu directement dans votre cerveau. Que certaines psychothérapies soient de la fumisterie, c’est une autre question.
     L’argument le plus fort contre l’idéalisme est celui de l’évolution. Du temps où on pensait que Dieu avait créé l’homme actuel comme espèce distincte, rien n’empêchait de penser dans la foulée qu’il lui avait donné, à lui et à aucun autre animal, une âme spirituelle. Si l’espèce humaine est le produit d’une évolution biologique à partir d’un mammifère ancestral, il est difficile de voir comment — et à quel moment — il a eu une âme. Est-ce que le père et la mère du premier homo sapiens sapiens avaient une âme ?  
Ajoutée par : admin
 
pp.67–68:  Il y a deux ensembles principaux de solutions au problème de la nature de l’esprit : le monisme psychoneural et le dualisme psychoneural. Alors que, selon le premier, dans un certain sens, l’esprit et le cerveau ne font qu’un, selon le dualisme ce sont des entités séparées. Toutefois, il y a des différences considérables entre les composantes de chacun des deux ensembles de solutions au problème corps-esprit. Ainsi, le monisme psychoneural se compose des doctrines alternatives suivantes : le panpsychisme (« Tout est mental »), le monisme neutre (« Le physique et le mental sont autant d’aspects ou de manifestations d’une seule entité »), le matérialisme éliminativiste (« Rien n’est mental »), le matérialisme réductionniste (« L’esprit est physique ») et le matérialisme émergentiste (« L’esprit est un ensemble de fonctions ou d’activités cérébrales émergentes »). De même, le camp dualiste est divisé en cinq sectes : l’autonomisme (« Le corps et l’esprit sont indépendants l’un de l’autre »), le parallélisme (« Le corps et l’esprit sont parallèles ou synchrones l’un à l’autre »), l’épiphénoménalisme (« Le corps affecte ou est la cause de l’esprit »), l’animisme (« L’esprit affecte, cause, anime ou contrôle le corps »), et l’interactionisme (« Le corps et l’esprit interagissent »).
     Aucune de ces conceptions n’est bien claire ; aucune d’entre elles n’est à proprement parler une théorie, c’est-à-dire un système hypothético-déductif avec un énoncé clair des postulats, des définitions et des conséquences logiques qu’on en tire. Chacune de ces conceptions sur la nature de l’esprit n’a donné lieu qu’à des formulations purement verbales et plus soucieuses de soumission à l’idéologie que de la prise en compte des données et des modèles produits par les neuroscientifiques et les psychologues. En particulier, bien qu’il y ait quantité d’arguments pour et contre la prétendue théorie de l'identité, ou théorie matérialiste de l’esprit, personne ne semble avoir produit complètement une telle théorie au sens strict du terme « théorie ». Tout ce dont nous disposons, en plus d’un certain nombre de modèles psychophysiologiques portant sur quelques fonctions mentales particulières, c’est une hypothèse programmatique — à savoir que l’esprit est un ensemble de fonctions cérébrales. Il est certain que cette hypothèse a eu un pouvoir heuristique énorme en guidant la recherche en neurophysiologie des processus mentaux. Elle est pourtant insufïisante parce que les scientifiques ont besoin d’une formulation plus explicite de la thèse selon laquelle ce qui « manifeste de l’esprit », c’est le cerveau, et parce que les philosophes trouveraient plus facile d’évaluer les assertions de la « théorie » de l’identité psychoneurale si elle était formulée avec quelque précision et avec un certain nombre de détails.
     Ce chapitre essaie précisément de remplir cet objectif en ce qui concerne une théorie particulière de l’identité psychoneurale, à savoir le matérialisme émergentiste. Il s’agit de la conception selon laquelle les états mentaux et les processus mentaux, tout en étant des activités cérébrales, ne sont pas simplement physiques ou chimiques ni même cellulaires, mais sont des activités spécifiques aux assemblages complexes de neurones. Ces systèmes, qui ont évolué chez certains vertébrés supérieurs, sont fixes (Hebb 1949) ou mobiles (Craik 1966, Bindra 1976). Ce chapitre est fondé sur un autre travail, plus complet et plus formel (Bunge 1980), qui utilise lui-même des concepts clés élucidés ailleurs (Bunge 1977a, 1979), particulièrement ceux de système, de biosystème et de biofonction. Seule l’ossature de la théorie est présentée ici.  
 
Commentaire:  Suit un échafaudage de définitions, trop technique pour le rendre ici par quelques citations.
     Il présente trop schématiquement une série de conceptions de l’esprit qu’il trouve toutes mauvaises sauf la sienne, mais sans dire clairement pourquoi, sinon qu’il se veut matérialiste mais qu’il n’aime pas le réductionnisme. Mais il ne dit pas avec précision de quelle position il parle, si elle est correctement rendue par « L’esprit est physique », ce qui lui déplait dans cette expression, en quel sens elle réductionniste. Il y oppose sa conception matérialiste émergentiste, « selon laquelle les états mentaux et les processus mentaux, tout en étant des activités cérébrales, ne sont pas simplement physiques ou chimiques ni même cellulaires, mais sont des activités spécifiques aux assemblages complexes de neurones ». Oui, l’activité du neurone est autre chose que le neurone, a fortiori l’activité d'un certain réseau de neurones est autre chose que ces neurones, mais cette activité elle-même est physique. Faut-il utiliser pour ça le terme trop chargé d'émergence ?
     Il critique les débats seulement verbaux, mais mieux vaut verbal que rien. Chez Bunge, on a des définitions techniques de l’esprit mais on voudrait en connaître, même verbalement, l’intérêt et le sens.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
pp.82–83:  Le rejet du dualisme psychoneural n’oblige pas à adopter le matérialisme éliminativiste (ou physicalisme). La psychobiologie suggère non seulement le monisme psychoneural — la stricte identité entre les événements mentaux et des événements cérébraux — mais aussi l’émergentisme, ou la thèse selon laquelle les activités mentales sont une propriété émergente possédée seulement par les animaux dotés d’un système nerveux plastique très complexe. Cette capacité confère à ses possesseurs des avantages tellement décisifs, et elle est reliée à tellement d’autres propriétés et d’autres lois (physiologiques, psychologiques et sociales), que l’on est fondé à affirmer que les organismes qui en sont dotés constituent un niveau en eux-mêmes : celui des psychosystèmes. Mais évidemment ceci ne signifie pas que les esprits constituent un niveau ou un « monde » en eux-mêmes, et ceci simplement parce qu’il n’y a pas d’esprits désincamés (ni même incarnés), mais seulement des corps qui pensent.
     En d’autres termes, on peut dire que le mental est émergent relativement à ce qui est physique ou chimique, sans réifier le mental, c’est-à-dire qu’on peut considérer que l’esprit n’est pas une entité composée de choses de niveau inférieur — encore moins une entité composée d’aucune espèce d’entités — mais un ensemble de fonctions (activités, processus) de certains systèmes neuraux, que les neurones individuels ne possèdent pas. Et ainsi le matérialisme émergentiste (ou systémiste), à la différence du matérialisme éliminativiste, est à nos yeux compatible avec le pluralisme général, ou l’ontologie qui proclame la diversité qualitative et la mutabilité de la réalité (Bunge 1977c).  
 
Commentaire:  Discours assez raisonnable, modéré, mais je persiste à penser que l’émergence, ou bien est triviale, et alors pourquoi l’asséner continuellement ? ou bien cache une forme d’idéalisme (même s’en défend en disant ne pas réifier). Le fait qu’il s’agisse d'un processus et non d’une chose n’est pas un argument. En physique et en chimie aussi, il y a tout le temps des processus et on n’éprouve pas le besoin d’invoquer l’émergence à chaque tournant.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
Jean-Pierre Changeux, 1984, L’homme neuronal, Pluriel (dir. : Georges Liébert) no 8410, Fayard, Paris, 384 pages, ISBN 2-01-009635-5 v
p.7:  L’Homme neuronal est né en 1979 d’un entretien avec Jacques-Alain Miller et ses collègues de la revue 0micar?, devenue entre-temps l’Âne. Ce dialogue à bâtons rompus entre psychanalystes et neurobiologistes eut le mérite de démontrer, contre toute attente, que les protagonistes pouvaient se parler, même s’entendre. On oublie souvent que Freud était neurologue de métier mais, depuis son Esquisse d’une Psychologie scientifique de 1895, les multiples avatars de la psychanalyse ont coupé celle-ci de ses bases proprement biologiques. Ce dialogue renoué avec les sciences « dures » est-il le signe d’une évolution des idées, d’un retour aux sources, voire, pourquoi pas, d’un nouveau départ ?
     Autre signe positif de cette rencontre : elle a permis de mesurer la distance qui reste à parcourir pour que ces échanges de vues deviennent constructifs et qu’une synthèse enfin émerge. Peut-être le moment est-il venu de réécrire l’Esquisse, de jeter les bases d’une biologie moderne de l’esprit ?  
 
Commentaire:  Comparer (Alain Prochiantz 1989: p.84)

Alain Prochiantz, 1989, La construction du cerveau, Questions de science, Hachette, Paris, 120 pages, ISBN 2-01-014739-1  
Ajoutée par : admin
 
p.8:  Les sciences de l’homme sont à la mode. On parle et on écrit beaucoup, que ce soit en psychologie, en linguistique ou en sociologie. L’impasse sur le cerveau est, à quelques exceptions près, totale. Ce n’est pas un hasard. L’enjeu paraît beaucoup trop important pour cela. Cette négligence délibérée est cependant de date relativement récente. Est-ce par prudence ? Peut-être craint-on que les tentatives d’explication biologique du psychisme ou de l’activité mentale ne tombent dans les pièges d’un réductionnisme simpliste ? Alors on préfère déraciner les sciences humaines de leur terreau biologique. Conséquence surprenante : des disciplines au départ « physicalistes », comme la psychanalyse, en sont venues à défendre, sur le plan pratique, le point de vue d’une autonomie quasi complète du psychisme, revenant à leur corps défendant au traditionnel clivage de l’âme et du corps.    
Commentaire:  Comparer (Alain Prochiantz 1989: pp.78–80)

Alain Prochiantz, 1989, La construction du cerveau, Questions de science, Hachette, Paris, 120 pages, ISBN 2-01-014739-1  
Ajoutée par : admin
 
Jean-Pierre Changeux, 2002, L’homme de vérité, Éditions Odile Jacob, Paris, ISBN:2-7381-1119-X, traduit par Marc Kirsch chez Harvard University Press, Harvard. v
pp.20–21:  Si énigmes et problèmes subsistent […] cela ne devrait pas nous dissuader de nous intéresser en particulier à ce que Voltaire appelait la « matière pensante ». Bien au contraire. Car la chimie du cerveau ne présente guère d’ambiguïté à cet égard. Elle est constituée des mêmes éléments que la matière inorganique, et ceux-ci sont assemblés de façon à former des molécules organiques.    
Dominique Laplane. 1992. « La neuropsychologie s’intéresse-t-elle à la pensée ? ». In Hervé Barreau (Ed.) Le cerveau et l’esprit. Paris: CNRS éditions 3–14. v
pp.11–12:  Un peu plus loin, Sperry précise sa pensée en l’opposant aux concepts les plus répandus dans les milieux neurobiologiques ; cette énumération a au moins l’intérêt de faire connaître les modes de pensée habituels dans ce milieu imprégné de béhaviorisme matérialiste : la conscience n’est pas un épiphénomène acausal, elle n’est pas la face intérieure (internal aspect) de l’activité cérébrale, elle ne s’identifie pas aux événements neuronaux, elle n’est pas non plus un pseudo-problème injecté dans nos esprits par des gymnastiques sémantiques et destinées à disparaître grâce à une approche linguistique appropriée. La conscience n’est plus interprétée comme un corrélat simplement passif et parallèle des événements neuronaux, leur face passive ou leur sous-produit. Elle est un déterminant actif, causal, essentiel du contrôle cérébral normal. On croit rêver d’entendre de telles constatations sortir de l’un des temples du béhaviorisme ! Certes, Sperry affirme ne pas mettre en cause le dogme fondamental du béhaviorisme : les arguments anciens contre l’usage de l’introspection dans l’expérimentation scientifique demeurent. Mais on est carrément sorti du matérialisme.
     On comprend aussi pourquoi, affirmant que seul un esprit conscient pourrait mouvoir la matière à l’intérieur du cerveau et exercer une influence causale dans la direction et le contrôle du comportement, Sperry doit doter le cerveau droit isolé, capable de performances cognitives si remarquables, d’une conscience seule capable d’organiser son fonctionnement. Toutefois, les spiritualistes auraient tort de trop vite compter Sperry parmi leurs alliés. Bien que la conscience soit, d’après lui, une propriété « émergente », bien qu’elle ne soit pas un simple corrélat passif et parallèle de l’activité neuronale, ni la face passive ou le sous produit des événements corticaux, mais un déterminant actif et essentiel, causal du contrôle cérébral normal, les propriétés subjectives n’ont rien de « mystique », comme il désigne, dans un vocabulaire un peu singulier, ce que d’autres dénommeraient sans doute spirituel. Ce pouvoir causal réside, selon lui, dans l’organisation hiérarchique du système nerveux combinée avec la propriété universelle de tout ensemble sur ses parties… Le tout a des propriétés, en tant que système, irréductibles à celles de ses parties, et les propriétés aux niveaux supérieurs contrôlent celles des niveaux inférieurs.
     Dans le cas des fonctions cérébrales, les propriétés conscientes des hauts niveaux d’activité cérébrale déterminent le cours des événements neuronaux des niveaux inférieurs.
     Sperry souligne volontiers qu’il ne s’agit plus de matérialisme et il ne se soucie guère de qualifier cette position. Je voudrais montrer qu’il ne peut s’agir que d’idéalisme, ce qui suppose un esprit pour penser, ce dont Sperry est apparemment loin de se douter. Qu’est-ce en effet qu’un système ou un ensemble, sinon une modalité de description d’une organisation entre elles de plusieurs parties. Si on reste matérialiste, la seule réalité est le jeu des forces physiques, le mouvement des électrons ou de telle ou telle molécule. L'utilisation de la notion de système n’est certes pas interdite au matérialiste mais à condition qu’il reste parfaitement conscient qu’il se donne là une commodité dont il s’empressera de se défaire dès que possible. En tout cas, il s’interdit de l’utiliser comme un élément explicatif ou causal. L’idéaliste n’a pas à se refuser ce moyen, car la réalité du monde n’existe pas en dehors des propriétés organisatrices de son propre esprit. Le propre de l’idéalisme est de tenir la réalité pour épuisée par sa représentation, comme l’a rappelé Bergson. Dans quel cas cela pourrait-il mieux s’appliquer qu’à propos d’un système et de ses propriétés ? Si on utilise le système comme moyen d’explication, comme chaînon de causalité, c’est bien qu’il fait partie de la réalité. Mais en même temps, il est clair qu’il est en totalité « épuisé » par sa description, c’est-à-dire qu’il n’existe qu’en elle, qu’il n’existe pas dans la matérialité des choses qui constituent le système, mais seulement dans leurs rapports entre elles, c’est-à-dire dans une notion descriptive de leurs interactions. Si donc nous utilisons non pas seulement par commodité, mais comme explicative, la notion de système, non seulement nous ne sommes plus dans le matérialisme, même pas dans une de ses variétés atténuées, mais nous admettons une réalité pensante en dehors du système, le cerveau dans l’espèce.  
 
Commentaire:  Remarquable dénonciation de l’idéalisme de l’émergence.  
Ajoutée par : Dominique Meeùs
 
Jean-Paul Lévy, 1997, La fabrique de l’homme, Sciences, Éditions Odile Jacob, Paris, 409 pages, ISBN:2-7381-0519-X v
pp.286–288:  Le moi n’est apparemment que la perception d’un état neural, strictement présent, intégrant l’état actuel du corps et toutes les informations mémorisées sur ce corps, sur ses interactions avec le monde et même sur ses projets, qui sont en fait des souvenirs du futur possible. Il est non seulement lié au présent mais en permanence en train de se modifier au gré du présent. Quand je dis « moi », je me réfère à un ensemble d’informations sur ma machine, pour l’essentiel inconscientes, dont une fraction émerge, ou plus précisément vient juste d’émerger à ma conscience, dans un passé très récent que j’appelle « le présent ». Et ces informations vont se modifier avec ce présent

Où suis-je ? Que suis-je ? Suis-je un ou deux ?
     L’ambiguïté du moi, c’est qu’en même temps qu’il se perçoit comme corps il se ressent aussi comme quelque chose d’autre, qui en serait prisonnier. Le dualisme, l’idée d’un corps habité par un esprit, est naturel et universel. Il est à l’origine de toutes les religions. Et pourtant, tout le monde constate l’évidence de la dégradation de l’esprit avec celle du cerveau, voire de son anéantissement dans un corps atteint de la maladie d’Alzheimer, par exemple. Où serait un esprit autonome dans cette machine dont la pensée est morte ? Mais l’esprit qui se pense lui-même se place naturellement hors de son objet au cours de ce processus, il ne peut donc pas s’assimiler à la machine biologique qui le produit. L’esprit (ou l’âme, si l’on préfère) est un ensemble d’informations de la machine, sur le monde et sur elle-même, qui proviennent exclusivement de ses circuits de neurones, et sont mortelles avec eux.
     […]
     Je me pense, donc je suis. Où ? Je suis entièrement inscrit dans mon cerveau, dans un langage dont les symboles sont des réseaux activables de neurones, avec des synapses renforcées qui donnent des préférences à certains de ces réseaux, ou plutôt à certaines de leurs associations. Pourtant, le dualisme continue à obséder une grande partie des humains, même ceux qui s’occupent de sciences cognitives. Or toute la pensée ne peut venir que de la matière, du corps. Comme l’écrit Edelman, « l’esprit est un processus d’un type particulier qui dépend de certaines formes particulières d’organisation de la matière », ou encore : « Darwin avait raison : c’est la morphologie qui a donné l’esprit. Et sur ce point Wallace, qui pensait que la sélection naturelle ne pouvait pas rendre compte de l’esprit humain, avait tort. Quant à Platon, il n’avait même pas tort : il était tout simplement à côté de la question. »
     C’est peut-être le permanent remaniement de l’esprit, c’est-à-dire du cerveau, qui le produit, qui donne cette impression de localisation de la pensée hors du corps. Mon moi, « je », est un gigantesque ensemble d’informations sur le monde, mais aussi sur moi, et sur moi dans le monde. Certaines de ces informations, le noyau dur interne, sont celles de l’espèce, génétiquement transmises dans mes cerveaux anciens et à peu près inaltérables, elles font mon humanité élémentaire et mes limites. D’autres, implantées solidement, sont en particulier les acquis de ma formation depuis l’enfance, ancrés dans mon cortex mais bien contrôlés par mes circuits limbiques, avec leurs connotations affectives et leur sentiment de vérité. Elles sont, pour cela, difficiles à faire évoluer. D’autres encore, plus récentes, issues de mon néocortex, se greffent sans cesse sur cet ensemble, comme une surface bouillonnante, infiniment changeante. Étant donné son remaniement permanent sous l’effet de sa propre activité, le cerveau n’est totalement le même que dans l’instant. Sous l’influence du monde extérieur, du corps, ou de son propre bouillonnement intérieur, une information particulière émerge à la conscience et, prise en compte par le cerveau lui-même qui l’a produit, elle va du même coup le modifier. Nous sommes en permanent devenir.  
 
p.396:  Les limites
     Dans cet univers infini où notre place ne cesse de se restreindre et nos explications traditionnelles de s’effondrer, nous prenons conscience de l’incapacité humaine à totalement expliquer le monde, sans pouvoir espérer d’autres intelligences une future révélation. Ce n’est pas la connaissance du vivant qui sera l’obstacle. Les réponses aux questions que son existence soulève sont proches, quand elles ne sont pas déjà acquises. La vie est explicable de bout en bout, même si nous ne pouvons dire exactement aujourd’hui comment elle s’est initialement formée. La logique des scénarios possibles nous est connue, si bien que nous pourrons probablement progresser vers une certitude, même si nous ne parvenions pas à les reproduire en laboratoire. La pensée, dans la compréhension de ses mécanismes intimes, nous pose de difficiles questions, mais tout permet de croire que leur résolution est désormais engagée. L’âme humaine fabriquée par le cerveau, imparfaite et mortelle, ne devrait plus nous poser de problème : chacune certes restera singulière, mais nous savons pourquoi. Il n’existe même pas à proprement parler de nature humaine puisque nous n’avons fait que poursuivre l’exploitation de fonctions apparues avant nous. Tout cela ne nous prive en rien, pourtant, de notre dignité et des devoirs que notre humanité nous impose, si nous acceptons de considérer notre situation objective.
      L’univers dans lequel nous nous trouvons risque, en revanche, de rester plus impénétrable que le vivant. Nous ignorons jusqu’où il faudra progresser pour aller jusqu’au bout des questions : les particules supposées élémentaires le sont-elles vraiment ? N’ont-elles d’autre réalité que probabiliste ? Pourquoi la matière émerge-t-elle du vide ? Qu’est-ce que ce vide qui grouille de particules virtuelles et bouillonne d’énergie ? Quel sera le destin final de cet univers ? Comment peut-on même envisager une cause explicative d’un début alors qu’elle serait nécessairement hors du système ?  
 
Peter W. Nathan. 1987. « Nervous system ». In The Oxford Companion to the Mind. Oxford et New York: Oxford University Press 514–534. v
p.514:  For the neurologist, there is no such thing as the mind. There are certain activities of the brain endowed with consciousness that it is convenient to consider as mental activities. Since one expects to find a noun adjoined to an adjective, one supposes that there must be a mind expressing itself in a mental way. But the requirements of language and of logical thought are not always the same; demands of syntax may lead to errors in thinking.    
Steven Rose, 1975, Le cerveau humain, Janine Raulin & Marcel Blanc (éds), Science ouverte, Éditions du Seuil, Paris, 448 pages, traduit par Mireille Boris de The Conscious Brain, 1973. v
p.362:  Ce que je dis essentiellement c’est qu’il n’y a pas de propriétés du cerveau qui ne puissent être analysées, définies, expliquées et interprétées en termes de mécanismes biologiques qui sont connus comme fonctionnant dans d’autres systèmes. Pour parler carrément, il n’y a pas de mystère. Il y a des énigmes et des problèmes ; d’autres surprises majeures vont probablement intervenir. De vastes zones ténébreuses restent, où la connaissance est au mieux imprécise. Mais je ne vois pas de paradoxes insolubles ou des principes majeurs d’explication manquant pour parvenir à interpréter le cerveau et le comportement et où nous ne puissions dès maintenant commencer à fournir le contour d’un mécanisme plausible. Il n’y a pas de limite due aux facteurs internes de la science ou à la structure interne du cerveau, à laquelle il faudra s’arrêter et conclure que la neurobiologie peut aller jusqu’ici mais pas au-delà. Ce qui façonne les directions dans lesquelles nous allons dépend donc, non de quelque vide interne ou d’une incapacité de la science, mais des structures sociales dans lesquelles nous conduisons notre recherche. Il se soit que ce soit une affirmation pleine de naïve insolence, mais le développement de la biologie a été tel pendant les dernières décennies que je la fais sans complexe, avec peu de craintes d’être un jour détrompé.    
Steven Weinberg, 1993, Dreams of a Final Theory: Search for the Ultimate Laws of Nature, Hutchinson Radius, Londres, ISBN: 0-09-177395-4 v
p.201:  John Wheeler is impressed by the fact that according to the standard Copenhagen interpretation of quantum mechanics, a physical system cannot be said to have any definite values for quantities like position or energy or momentum until these quantities are measured by some observer’s apparatus. For Wheeler, some sort of intelligent life is required in order to give meaning to quantum mechanics, Recently Wheeler has gone further and proposed that intelligent life not only must appear but must go on to pervade every part of the universe in order that every bit of information about the physical state of the universe should eventually be observed. Wheeler’s conclusions seem to me to provide a good example of the dangers of taking too seriously the doctrine of positivism, that science should concern itself only with things that can be observed. Other physicists including myself prefer another, realist, way of looking at quantum mechanics, in terms of a wave function that can describe laboratories and observers as well as atoms and molecules, governed by laws that do not materially depend on whether there are any observers or not.    
Commentaire:  Nouvel exemple des dangers de l’empirisme. Du positivisme à l’idéalisme, la pente est glissante et on n’est alors plus loin de la religion.  
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